Je pense à la négresse, amaigrie et phtisique, - Piétinant dans la boue, et cherchant, l'oeil hagard, - Les cocotiers absents de la superbe Afrique, - Derrière la muraille immense du brouillard.
Auteur
Charles Baudelaire
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Le Soleil moribond s'endormir sous une arche, - Et, comme un long linceul traînant à l'Orient, - Entends, ma chère, entends la douce Nuit qui marche.
N'es-tu pas l'oasis où je rêve, et la gourde - Où je hume à longs traits le vin du souvenir?
Mais le vert paradis des amours enfantines, - L'innocent paradis plein de plaisirs furtifs, - Est-il déjà plus loin que l'Inde et que la Chine?
Pendant que le parfum des verts tamariniers, - Qui circule dans l'air et m'enfle la narine, - Se mêle dans mon âme au chant des mariniers.
Du haut en bas, avec grand soin, - Sa peau délicate est frottée - D'huile odorante et de benjoin.
Les pauvresses, traînant leurs seins maigres et froids, - Soufflaient sur leurs tisons et soufflaient sur leurs doigts.
Tout de toi m'est plaisir morbide ou pétulant.
Le Poète est semblable au prince des nuées - Qui hante la tempête et se rit de l'archer; - Exilé sur le sol au milieu des huées, - Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.
Je vois un port rempli de voiles et de mâts - Encor tout fatigués par la vague marine.
Allume ta prunelle à la flamme des lustres; - Allume le défi dans le regard des rustres.
Vois se pencher les défuntes Années, - Sur les balcons du ciel, en robes surannées; - Surgir du fond des eaux le - Regret souriant.
Et le ver rongera ta peau comme un remords.
La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Que des noeuds mal attachés - Dévoilent pour nos péchés - Tes deux beaux seins, radieux - Comme des yeux.
Quand, les deux yeux fermés, en un chaud soir d'automne, - Je respire l'odeur de ton sein chaleureux, - Je vois se dérouler des rivages heureux - Qu'éblouissent les feux d'un soleil monotone.
Que ton sein m'était doux! - Que ton coeur m'était bon!
Les soirs illuminés par l'ardeur du charbon, - Et les soirs au balcon, voilés de vapeurs roses.
Que les soleils sont beaux dans les chaudes soirées! - Que l'espace est profond! que le coeur est puissant!
O douleur! ô douleur! Le - Temps mange la vie, - Et l'obscur Ennemi qui nous ronge le coeur - Du sang que nous perdons croît et se fortifie!
Lorsque tu dormiras, ma belle ténébreuse, - Au fond d'un monument construit en marbre noir, - Et lorsque tu n'auras pour alcôve et manoir - Q'un caveau pluvieux et qu'une fosse creuse...
Le son de la trompette est si délicieux - Dans ces soirs solennels de célestes vendanges - Qu'il s'infiltre comme une extase dans tous ceux - Dont elle chante les louanges.
Vous qui fûtes la grâce ou qui fûtes la gloire, - Nul ne vous reconnaît! un ivrogne incivil - Vous insulte en passant d'un amour dérisoire; - Sur vos talons gambade un enfant lâche et vil.
Je hume à longs traits le vin du souvenir.
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige; - Valse mélancolique et langoureux vertige.
Œuvres de Charles Baudelaire
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