Il faut que l'on comprenne que toute l'intelligence n'est qu'une vaste éventualité, et que l'on peut la perdre, non pas comme l'aliéné qui est mort, mais comme un vivant qui est dans la vie et qui en sent sur lui l'attraction et le souffle.
Auteur
Antonin Artaud
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Jamais quand c'est la vie elle même qui s'en va, on n'a autant parlé de civilisation et de culture.
Une des raisons de l'atmosphère asphyxiante, dans laquelle nous vivons sans échappée possible et sans recours ... est dans ce respect de ce qui est écrit, formulé ou peint, et qui a pris forme, comme si toute expression n'était pas enfin à bout.
Les situations dramatiques et psychologiques ici ont passé dans la mimique même du combat, qui est fonction du jeu athlétique et mystique des corps.
Sous tout cela la poésie demeure une diffuse notion de sublime qui ne se perçoit plus que sous son aspect atterrant.
Il ne balance pas un instant, il n'hésite pas une minute; et il montre par là combien peu comptent toutes les barrières qui pourraient lui être opposées.
Un jeune avocat, pour compléter son instruction professionnelle, entre comme collaborateur dans l'étude d'un des plus grands maîtres du barreau.
Et ce point de vue de la réalisation théâtrale d'un chef-d'oeuvre blackboulé est un point de vue auquel on ne pense jamais.
Quant à Poizat et à son Electre, la platitude de sa poésie, le bousillage et la guimauve foraine des mises en scène dont il se satisfait, prouvent la triste conception qu'il se fait de la tragédie.
Sortant de son repos et se distendant jusqu'à l'être, Brahma souffre d'une souffrance qui rend des harmoniques de joie peut-être, mais qui à l'extrémité ultime de la courbe ne s'exprime plus que par un affreux broiement.
On doit en finir avec cette idée des chefs-d'oeuvre réservés à une soi-disant élite, et que la foule ne comprend pas.
Il y a par-dessus tout la complétude du nerf. Complétude qui tient toute la conscience, et les chemins occultes de l'esprit dans la chair.
Si le signe de l'époque est la confusion, je vois à la base de cette confusion une rupture entre les choses, et les paroles, les idées, les signes qui en sont la représentation.
On ne voit plus au loin sur la mer dans la nuit opaque que la voile crayeuse d'un contrebandier.
Pas de basse besogne, pas de manifestations, pas de levées en masse de la crétinisation nationale qui ne trouvent chez vous un exutoire ou un tremplin.
C'est la supériorité et la loi puissante de cet art que son rythme, sa vitesse, son caractère d'éloignement de la vie, son aspect illusoire exigent un criblage serré et l'essentialisation de tous ses éléments.
Avant d'en revenir à la culture je considère que le monde a faim, et qu'il ne se soucie pas de la culture; et que c'est artificiellement que l'on veut ramener vers la culture des pensées qui ne sont tournées que vers la faim.
Il assiste à toutes les déroutes de la morale, à toutes les débâcles de la psychologie.
Et ce souffle nous le localisons, nous le répartissons dans des états de contraction et de décontraction combinés. Nous nous servons de notre corps comme d'un crible où passent la volonté et le relâchement de la volonté.
Le secret du théâtre dans l'espace c'est la dissonance, le décalage des timbres, et le désenchaînement dialectique de l'expression.
Et ce que le théâtre peut encore arracher à la parole, ce sont ces possibilités d'expansion hors des mots, de développement dans l'espace, d'action dissociatrice et vibratoire sur la sensibilité.
Alors vous l'aurez délivré de tous ses automatismes et rendu à sa véritable liberté. - Alors vous lui réapprendrez à danser à l'envers comme dans le délire des bals musette - Et cet envers sera son véritable endroit.
L'atmosphère asphyxiante, dans laquelle nous vivons sans échappée possible.
On doit en finir avec cette idée des chefs-d'oeuvre réservés à une soi-disant élite et que la foule ne comprend pas.
Du fin fond de sa bouche entr'ouverte, de l'entre-deux de ses cils se dégagent comme des fumées miroitantes.
Œuvres de Antonin Artaud
A la grande nuit ou le Bluff surréalisteA propos du cinémaBilboquetChez les Tarahumaras (1955)Ci-GîtD'un voyage au pays des Tarahumaras (1945)Dans revue 84, n° 16Deux projets de mise en scèneHistoire entre la groume et Dieu (1947)Héliogabale ou l'Anarchiste couronnéHéliogabale ou l'Anarchiste couronné (1934)Héliogable ou l'anarchiste couronné (1934)L'Ombilic des Limbes suivi du Pèse-nerfs et autres textes, Antonin Artaud, éd. Gallimard, coll. « Poésie/Gallimard », 1954, « Antonin Artaud à Jacques Rivière, Paris, le 29 janvier 1924 », p. 24L'Ombilic des limbesL'Ombilic des limbes (1925)L'Ombilic des limbes (1925), L'amour sans trêveLe Moine (1931)Le Pèse-Nerfs (1925)Le Théâtre et son double (1938)Le Théâtre et son double (1938), Ma mise en scène et la métaphysique