Auteur

Annie Ernaux

Malraux dit que, ce qui l'intéresse dans un roman, c'est l'histoire, l'Histoire. Il me semble que c'est une distinction importante : les livres ancrés dans l'histoire et les a-historiques.
Ecrire pour faire advenir un peu de vérité. Mais que cette vérité ne soit pas advenue seulement pour une élite.
Quel que soit le projet, faire sentir le passage du temps, présence de l'Histoire, des changements du mode de vie, le changement en soi (je ou elle).
La structure dépend des idées que j'ai de l'être, des autres, de l'Histoire mais pas seulement, le secret intérieur que je ne connais pas.
Parler bien suppose un effort, chercher un autre mot à la place de celui qui vient spontanément, emprunter une voix plus légère, précautionneuse, comme si l'on manipulait des objets délicats.
J'ai toujours eu envie d'écrire des livres dont il me soit ensuite impossible de parler, qui rendent le regard d'autrui insoutenable.
Depuis quinze ans, ce n'est pas la présence des «minorités visibles» que je remarque dans un lieu, c'est leur absence.
Dans le monde de l'hypermarché et de l'économie libéral, aimer les enfants, c'est leur acheter le plus de choses possibles.
Le pire dans la honte, c'est qu'on croit être seul à la ressentir.
Est-ce que je t'écris pour te ressusciter ou pour te tuer à nouveau ?
A la fin, elle a dit de toi elle était plus gentille que celle-là. - Celle-là, c'est moi.
Les parents d'un enfant mort ne savent pas ce que leur douleur fait à celui qui est vivant.
Faire de la vie, ça dépend de quel point de vue on se place, du mien ça ressemble à une marche vers la mort.
J'ai fini de mettre en mots ce qui m'apparaît comme une expérience humaine totale, de la vie et de la mort, du temps, de la morale et de l'interdit, de la loi, une expérience vécue d'un bout à l'autre au travers du corps.
Je suis venue au monde parce que tu es morte et je t'ai remplacée.
Je voudrais dire, écrire au sujet de mon père, sa vie, et cette distance venue à l'adolescence entre lui et moi. Une distance de classe, mais particulière, qui n'a pas de nom. Comme de l'amour séparé.
Le silence était le fond des choses et le vélo mesurait la vitesse de la vie.
C'est ma mère, ce n'était plus la femme que j'avais toujours connue au-dessus de ma vie, et pourtant, sous sa figure inhumaine, par sa voix, ses gestes, son rire, c'était ma mère, plus que jamais.
Tu n'as d'existence qu'au travers de ton empreinte sur la mienne. T'écrire, ce n'est rien d'autre que faire le tour de ton absence. D'écrire l'héritage d'absence. Tu es une forme vide impossible à remplir d'écriture.
J'ai voulu l'oublier cette fille. L'oublier vraiment, c'est-à-dire ne plus avoir envie d'écrire sur elle. Ne plus penser que je dois écrire sur elle, son désir, sa folie, son idiotie et son orgueil, sa faim et son sang tari. Je n'y suis jamais parvenue
Ce n'est pas à lui qu'elle se soumet, c'est à une loi indiscutable, universelle, celle d'une sauvagerie masculine qu'un jour ou l'autre il lui aurait bien fallu subir. Que cette loi soit brutale et sale, c'est ainsi.
J'ai retrouvé dans mes papiers une sorte de note d'intention : Explorer le gouffre entre l'effarante réalité de ce qui arrive, au moment où ça arrive et l'étrange irréalité que revêt, des années après, ce qui est arrivé
J'opte pour l'indécision : d'avoir reçu les clés pour comprendre la honte ne donne pas le pouvoir de l'effacer.
Je les envie sincèrement. Elles ne savent pas qu'elles ont la meilleure part. C'est bête de ne pas savoir à quel moment on serait le plus heureux.
C'est bête de ne pas savoir à quel moment on serait le plus heureux.

Œuvres de Annie Ernaux

Bouillon de culture, le 2 Février 2001.Ce qu'ils disent ou rien (1977)Ecrire la vie (2011)Journal du dehors (1993)L' Autre fille (2011)L'Atelier noir (2011)L'Autre fille (2011)L'Evénement (2000)L'Occupation (2002)La Honte (1997)La Place (1983)La femme gelée (1981)Les Années (2008)Mémoire de fillePassion simple (1991)Regarde les lumières mon amour (2014)Se perdreUne femme (1988)« Je ne suis pas sortie de ma nuit » (1997)