Auteur

Albert Uderzo

Quand il m'arrivait de faire une bêtise, René Goscinny me disait toujours: « Albert, ne sors jamais sans moi. »
On s’est servi de l’esprit gaulois pour rigoler des défauts de ce peuple fort en gueule et volontiers querelleur.
Avec Astérix, René Goscinny jetait un regard éclairé sur notre société.
Nous sommes tous abonnés à l’irréparable outrage des ans.
Astérix est à l'image du Français tel que l'image d'Épinal l'a popularisé à l'internationale, et tel que René et moi souhaitions le caricaturer. Il a du caractère, et ce caractère, c'est bien le nôtre.
César est un personnage que Goscinny et moi n'avons pas vraiment caricaturé. Jamais nous n'avons voulu trop le ridiculiser.
Comme on dit « il faut rendre à César ce qui appartient à César », j'ai envie de dire: Il faut rendre Astérix à ses lecteurs. Car c'est à eux qu'il appartient... Et pas à moi.
Il faut rendre Astérix à ses lecteurs. Car c'est à eux qu'il appartient... Et pas à moi.
René Goscinny et moi avions le sentiment d'avoir tout dit dans Astérix. La preuve que non! Avec cet album qui s'inspire de la volumineuse Guerre des Gaules de Jules César, l'action se recentre à la fois en Gaule et à Rome, à cause de la réaction de César. Bon sang, je regrette de ne pas y avoir pensé !
Depuis que j'ai passé la main, conclut-il, Je me rends compte qu'Astérix nous a échappé à Goscinny et à moi. Quand j'ai repris la série tout seul deux ans après la mort de René, je n'étais vraiment pas sûr de moi. D'autant que les critiques ont été assassines.
Astérix est transgénérationnel, il a un esprit indépendant. Mais j'avoue que je ne me suis jamais vraiment expliqué ce succès. Je n'avais pas prévu qu'il dure si longtemps !
René Goscinny, scénariste d'Astérix pendant dix-huit ans, disait : « On a l'air d'idiots qui ne savent pas ce qu'ils ont fabriqué. » Mais rien ne serait arrivé sans travail. Le succès, ce sont des heures de labeur avant tout !
Le succès, ce sont des heures de labeur avant tout !
Quand j'ai repris Astérix après la disparition de René, les gens n'y croyaient pas. J'entendais : « Uderzo, c'est moins intéressant. » J'avais peur de ne pas être à la hauteur. Mais quand je me suis mis au travail, j'ai oublié mon complexe. René m'a appris le métier. Il m'a donné de l'assurance. Quand je lisais un de ses scénarios, j'étais fou de joie. Son humour était inégalable. Je pense ne pas en avoir terni le goût.
René est toujours avec moi. On était comme cul et chemise, on ne pouvait pas se passer l'un de l'autre. Avec lui, c'était facile : il se mettait à l'ouvrage, il pondait un scénario comme ça. Il n'y avait rien à jeter et je me mettais au travail. Je dessinais la première planche, c'était magique ! Parfois, quand le succès survient dans un couple, il le vit mal, il ne résiste pas. Mais entre nous, cela a duré. Chacun respectait le rôle de l'autre.
Je ne veux pas laisser Astérix entre d'autres mains après ma disparition.
Avoir passé le cap des 90 ans est miraculeux. Remarquez, dans la famille, la longévité est héréditaire.
Regardez mes mains : parfois je me demande si je sais encore dessiner. Vous savez, j'ai tellement dessiné, tellement travaillé. La bande dessinée, ce n'était pas une profession qui payait bien quand j'ai commencé. Il fallait fournir beaucoup de dessins pour vivre.
La bande dessinée est un art très exigeant. Moi, je voulais faire des dessins animés, et puis je me suis rabattu sur la BD et, finalement, j'ai fait du dessin animé en BD, des dessins vivants.
J'ai le sentiment que les dessins d'aujourd'hui sont souvent des reprises pas très heureuses. Je ne sais pas bien où se situe la création là-dedans. Je ne les lis pas car j'ai peur que cela me donne le bourdon !

Œuvres de Albert Uderzo

César rend Astérix à ses lecteurs, Olivier Delcroix, Le Figaro.fr, 2 août 2015.Entretien, Le Figaro et vous, 04 octobre 2014Entretien, Le Parisien par Adeline Fleury, Le 30 novembre 2018Extrait du documentaire «De Tintin à Titeuf: les mythes de la bande-dessinée» (2003)