Si notre peuple peut produire des individualités assez audacieuses pour affronter ses errances et ses lâchetés, il lui reste une chance de prétendre à sa grandeur. Notre valeur ne réside pas dans les métaux du sous-sol auxquels d'autres ont donné une importance que nous ne comprenons toujours pas, que nous ne savons ni cerner, ni exploiter pour le bien commun. Ils en fixent le prix et nous l'acceptons parce que cela ne signifie rien pour nous. Ils nous dupent peut-être, mais nous les laissons faire, toujours inaptes à décider quoi que ce soit pour nous-mêmes.

À lire aussi de Léonora Miano

Êtes-vous heureuse ? Oui, je le suis, me dit-elle doucement, chaque fois que la mélancolie me quitte, je suis heureuse. Le bonheur va et vient. On ne peut pas l'emprisonner. C'est un grand voyageur.
Il n'y a que deux catégories de personnes : ceux dont on parle, et ceux qui parlent des autres. Appartenant à la première par votre naissance, vous deviez, contrairement aux gens du commun, avoir de l'élégance. Ne jamais vous abaisser à répondre aux insultes. Ne jamais devenir, vous aussi, des êtres sans substance, ne sachant que regarder vivre les autres.
Révéler son nom à quelqu'un, c'est lui confier une part précieuse de soi-même, se dénuder devant lui. Il suffit de murmurer le nom d'une personne lors de rituels pour l'attaquer à distance, l'exposer aux puissances maléfiques
Je viens de te donner toute l'aide que je peux, et tu es là en train de me faire la morale. Tu crois qu'on a les moyens d'en avoir, de la morale, dans ce pays ?
Je m'arrête, saisie d'épouvante. Il y a des gens ici. Ils respirent la puanteur de leur propre fumier. Ils vivent baignés dans les insoutenables effluves de leur mort. C'est le cadavre que cela sent. Ne ferait-on pas tout, n'importe quoi, pour s'évader de cette fosse ? Il y a des gens ici. Leurs pieds s'engluent dans la chose visqueuse qui recouvre et asphyxie la terre. Leurs enfants ont le ventre rebondi, les membres rachitiques, les narines qui coulent, et la bouche qui avale. On déjoue la famine en absorbant ce qui sort de soi.
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Dans la même œuvre

Le bonheur va et vient. On ne peut pas l'emprisonner. C'est un grand voyageur.
Nous vivons tous avec des épines dans le corps. Il suffit de savoir comment se mouvoir, pour qu'elles n'atteignent jamais un organe vital.
La nuit tombée, ils compteront leurs maigres revenus et se sentiront floués, sans trop savoir par qui. Les lettrés diront que c'est la faute des autres, ceux qui vendent des armes et soutiennent les dictateurs. Les autres diront que c'est le sort, la malchance. Personne ne demandera si c'est parce qu'on a des armes qu'il faut s'entretuer.
La patine du temps ne peut suffire à conférer de la valeur à tous nos usages.
Les gens vivent les uns près des autres, mais pas ensemble. Ils s'épient, se jalousent passionnément et demeurent côte à côte par une habitude plus grégaire que solidaire.