L'amour remet l'avenir à plus tard. Il est un inabîmable présent - une poussée qui recommence, un hoquet superbe et long, un divin bégaiement.
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Seul à seul avec soi, dans la certitude de soi, dans la solitude de soi : voici un autre enfer. Horreur d'être clos dedans soi, de ne pouvoir être que seulement soi. Infiniment et finement soi, et jamais rien d'autre. Finir là où tout a commencé : en soi, pour soi, à soi, vers soi, au fin fond de soi. Être ramené à soi, à soi seul, comme dans une souricière. Et non seulement n'être que soi, mais n'être que le sempiternel même soi, un soi sans issue, habiter sa tautologie, se confondre avec ce que nous avons fini par être : rien que soi. Soi et rien d'autre. C'est à devenir fou.
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À lire aussi de Yann Moix
A mes côtés : le piano défoncé. Il ressemblait à un cachalot éventré ; j'avais de la peine pour lui. Je pensais à son calvaire. Il était mort sous les coups de mon père. J'avais eu jusque là plus de chance que lui.
Les géographies sont moins exotiques que l'imprévu. Ce ne sont pas les pays qui dépaysent, mais les événements. L'événement est toujours victorieux du monde. Il trahit les prévisions, assassine les théories. La réalité ne lui résiste jamais.
En vrai, personne ne lit les livres des hommes politiques, même pas eux, qui ne les ont le plus souvent même pas écrits.
L'extrême fatigue est la meilleure longueur d'onde pour faire jaillir les vérités tues, les aveux empêchés. On ne devrait parler que dans cet état limite, où la force laisse à la faiblesse, le soin d'être plus forte qu'elle.
Dans la même œuvre
Ceux qui pénètrent dans les églises, et communient, savez-vous ce qu'ils cherchent à partager ? Ils cherchent à partager ce qui ne se partage pas : la solitude. La solitude est fondamentale. Rien ne triche moins qu'elle.
Qui croit en la vie peut en faire un inépuisable chef-d'œuvre.
Aimer, c'est rechercher une présence ; être en couple, c'est rechercher une compagnie. La présence me multiplie ; la compagnie me mutile. La présence m'amplifie ; la compagnie m'atrophie.
Ce qui fait du mal, dans une rupture, ce n'est pas l'absence d'une présence, mais la présence d'une absence.
Il existe en chacun de nous une énergie cachée qui permet l'accès à l'impossible.