Sa voix lui sembla celle de quelqu'un d'autre. La voix d'une narratrice. La voix détachée d'une conteuse. Une narratrice omnisciente, une narratrice qui aurait connu depuis le début l'ensemble des faits, mais aurait choisi de ne les révéler qu'au compte-goutte.

À lire aussi de Laura Kasischke

Tous les secrets ne devraient pas être révélés. Tous les mystères ne devraient pas être résolus.
Et Steve Jobs est plus qu'un être humain, avait dit Eric. C'est pourquoi les esclaves chinois qui travaillent pour lui sont heureux de se jeter du haut des toits de ses usines comme sacrifices humains aux iDivinités.
Je n'étais pas le centre de l'univers. Mais je l'étais quand même un peu. La Terre tournait autour du Soleil et non pas autour de moi. Mais rien de tout cela n'aurait existé si je n'avais pas été là pour le voir. Si je n'avais pas été là tous les matins pour la regarder, la maquette du système solaire, de notre monde, ne tournerait autour de rien.
Elle aurait pu rester plantée toute la nuit dans la neige à les sermonner sur le caractère fugitif de la jeunesse, les dangers de ce monde, l'importance croissante de chaque acte posé dans cette vie, le fil ténu, si facilement tranché, entre la vie et la mort, ou simplement sur l'importance d'être respectueux de ses aînés, ils n'en auraient rien entendu.
Je n'avais jusqu'alors jamais ressenti le besoin de regarder un homme comme les hommes semblent regarder les femmes -ces femmes sur les couvertures glacées des magazines, les hanches en avant et la bouche brillante à moitié ouverte, ou sur les affiches- ces femmes provocatrices qui surgissent des téléviseurs pendant que leurs maris, assis dans leurs fauteuils, s'efforcent de ne pas les regarder devant leurs épouses, tout en le faisant.
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On pouvait vivre avec le chagrin s'il ne s'accompagne pas de regret.
Pourquoi avait-elle, jour après jour, à ce point l'impression de donner dans l'imposture.
Rien, absolument rien, ne rend la mort aussi croyable que d'être en situation de voir, de toucher le corps de l'être aimé.
Le Net était devenu, pour celles qui n'avaient plus leur mère, le principal filon des remèdes de bonne femme et autres conseils féminins.
Si les veuves devaient se vêtir de noir pendant au moins un an et se coiffer différemment, c'était afin d'être méconnaissable quand leur mari se lancerait à leur recherche.