Œuvre
Rêves de garçons (2007)
Jusque-là, la vie avait exaucé tous mes voeux : cheveux longs, grands yeux bleus, joues roses, peau bronzée, sourire resplendissant, belle poitrine, et petit cabriolet rouge.
Les garçons sont toujours plus beaux en pleine activité, quand ils oublient la présence des filles. Suant durant un match de base-ball. Traversant un terrain de football américain en courant, ballon sous le bras.
Les garçons sont toujours plus beaux en pleine activité, quand ils oublient la présence des filles.
Les filles sont toujours belles dans les moments où elles se pavanent, prennent la pause, se montrent. Comme cette rangée de Miss America, sourire aux lèvres.
Les filles sont toujours belles dans les moments où elles se pavanent, prennent la pause, se montrent.
Greg était aussi laid que certains chiens, repoussants au point qu'on ne peut pas s'empêcher de les caresser, de fondre devant leur truffe humide, leurs gencives noires qu'ils découvrent en grognant, les traits aplatis de leur gueule. Ces chiens que leurs propriétaires appellent toujours par un petit nom affectueux (Bing, Princess, Missy). On en voit partout, on dirait qu'ils ont été inventés uniquement pour nous donner quelque chose de laid à apprécier.
Débusquer le poil rebelle sur un genou ou sous les aisselles exigeait beaucoup de travail, de dévouement. Il fallait passer assez de temps devant le miroir chaque jour pour s'assurer que lorsqu'on s'en éloignait, on emportait avec soi l'image que l'on voulait donner au reste du monde.
Mon charme me conférait un certain pouvoir - mais je voulais aussi être quelqu'un de bien.
En primaire, Desiree me montra comment appliquer un peu de savon au coin des yeux, au niveau des petits triangles couleur sang près de l'arête du nez, pour faire croire que je pleurais.
D'après elle, ça pouvait m'aider à sortir d'une situation délicate. A la maison. A l'école. N'importe où. Les larmes rendaient n'importe quelle excuse crédible.
Les larmes rendaient n'importe quelle excuse crédible.
Comme il serait étrange, au bout d'une existence mutique, de s'apercevoir qu'on possédait depuis toujours au fond de soi ce cri sauvage, à l'opposé de la voix qu'on aurait pu imaginer : une petit voix lapine, courtoise, à peine audible sous l'épaisse fourrure. Alors que depuis tout ce temps, on abritait une furie, le cri d'une jeune fille en fuite qu'un inconnu attrapait par la natte et précipitait à terre.
Parfois, je me demandais si je n'avais pas envie de faire certaines choses juste pour pouvoir le relater dans mon journal, de la même manière qu'il était difficile de dire ce qui était plus important pour mon beau-père : l'événement en lui-même ou la pellicule photo qui en enregistrait chaque seconde.
J'ai compris à cet instant que ce qu'on dit est vrai - on peut vraiment sentir le regard d'un garçon posé sur soi.
Je n'étais pas le centre de l'univers.
Mais je l'étais quand même un peu. La Terre tournait autour du Soleil et non pas autour de moi. Mais rien de tout cela n'aurait existé si je n'avais pas été là pour le voir. Si je n'avais pas été là tous les matins pour la regarder, la maquette du système solaire, de notre monde, ne tournerait autour de rien.
Bien sûr, je savais que personne ne vivait éternellement, mais vu que je manquais cruellement d'imagination, la mort me paraissait encore plus absurde que l'immortalité.