Tous les secrets ne devraient pas être révélés. Tous les mystères ne devraient pas être résolus.

À lire aussi de Laura Kasischke

Au drugstore, ces hommes se plantaient toute la journée devant les présentoirs des magazines, ils regardaient des pages et des pages de femmes qu'ils ne rencontreraient jamais, qu'ils ne toucheraient jamais, dont ils ne connaîtraient jamais ni le nom ni la voix : des femmes aplaties, unidimensionnelles, qui tripotaient leurs mamelons, en regardant dans le vide. Dans le néant qui se trouvait devant elles. Étalées, ces femmes n'étaient que des angles et des lignes, de la lumière sur de l'ombre et, quand je les regardais, je me souvenais toujours d'avoir lu au lycée, dans notre livre de sociologie, un texte sur une tribu primitive perdue, dont les membres ne voulaient pas laisser l'homme blanc les photographier, parce qu'ils pensaient que les caméras leur volaient leur âme.
Il ne lui restait plus rien d'autre à faire que de planifier le néant des jours à venir.
La pénombre était totale, elle palpitait de neige violette et d'électricité quand je me suis mise à fixer des yeux le plafond. De temps à autre, une barre de lumière, venant d'une voiture qui passait, s'élevait et retombait sur le mur ou bien elle frôlait notre commode de son gant blanc, comme s'il s'agissait d'un fantôme qui époussetait les meubles.
Il faut bien trouver un responsable à la grippe de Phoenix déclara un jour Paul Temple. Nous sommes comme les flagellants au temps de la peste noire. Nous pratiquons l'autoflagellation. Notre société ne craint plus Dieu. Du coup, si ce n'est plus Lui qui nous châtie pour nos péchés, c'est forcément l'environnement qui nous punit en raison de nos voitures trop gourmandes en carburant.
Les filles sont toujours belles dans les moments où elles se pavanent, prennent la pause, se montrent. Comme cette rangée de Miss America, sourire aux lèvres.
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Dans la même œuvre

Parfois l'âme pouvait être derrière le corps, peut-être, mais parfois elle pouvait être à côté ou en dessous, ou au-dessus, mais oui, actuellement, elle se trouvait à l'intérieur. Un livre, par exemple, avait son âme dans le creux entre les deux pages du milieu. C'était typique des choses pliables. Comme les papillons qui avaient l'âme où leurs deux ailes se rejoignaient.
Personne ne naît sans héritage. Comment avait-elle pu croire pendant toutes ces années, qu'il en était autrement ? Holly aurait dû savoir mieux que quiconque que les gènes sont le destin. Que le passé réside en soi. Qu'à moins de le trancher ou de se le faire amputer par opération chirurgicale, il vous suit jusqu'au jour de votre mort.
Nous n'avons pas Internet à la maison parce que mes parents ne veulent pas que j'y aie accès. Quelle sorte de message ce comportement transmettait-il donc? Que le monde extérieur était choquant? Qu'il fallait protéger son enfant plutôt que lui fournir les outils pour se défendre?
Et Steve Jobs est plus qu'un être humain, avait dit Eric. C'est pourquoi les esclaves chinois qui travaillent pour lui sont heureux de se jeter du haut des toits de ses usines comme sacrifices humains aux iDivinités.
Elle se souvint alors qu'elle avait eu l'impression, le regard baissé sur le visage inexpressif de sa mère défunte, que cela pouvait se produire. S'échapper de son corps. Que le corps était une manière de cage. Que le moi, l'âme, ne vivait pas en cage. Que ne pas avoir de cage était le but, atteint dans la mort.