Œuvre

En un monde parfait (2010)

Pour la première fois, elle comprenait le sens d'échec et mat et ce que cela signifiait que d'être un simple pion.
Quand germent les superstitions et qu'on commence à les confondre avec la vérité vraie, c'est le début de la fin pour la civilisation. Nous ne pouvons nous permettre de penser en termes de chance ou de malchance.
Il s'agit d'une société laïque, poursuivit-il. Aussi n'est-ce pas Dieu, mais plutôt le réchauffement climatique. Mais, l'idée est la même, à savoir que nous sommes responsables de ce qui nous arrive. Cette secte, apparue dans l'Idaho, celle dont tous les adhérents se sont donnés la mort pour effacer leur empreinte carbone, voilà qui pourrait sortir tout droit du Moyen-Age.
Il n'y a rien de pire qu'une génération de jeunes désœuvrés. C'est la raison pour laquelle on a lancé jadis les croisades
Au temps de la peste noire, expliqua Paul Temple, les Anglais appelaient cela le mal français, les Français parlaient du mal italien, et ainsi de suite. Imputer les fléaux à autrui n 'est pas chose nouvelle.
Après que la presse eut fait observer que fort peu de décès causés par la grippe de Phoenix avaient été signalés parmi les Amish, de nouvelles communautés Amish apparurent. Ces gens imputaient au téléphone portable les pannes de courant et la grippe : les radiations émises par les antennes relais recouvraient le pays de vibrations aussi délétères qu'invisibles qui perturbaient l'environnement et plongeaient les oiseaux dans l'égarement . Ils y voyaient également la raison de l'apparition de tant de rongeurs au cours des derniers mois. Ces animaux avaient été chassés de leur repaire souterrain.
Il faut bien trouver un responsable à la grippe de Phoenix déclara un jour Paul Temple. Nous sommes comme les flagellants au temps de la peste noire. Nous pratiquons l'autoflagellation. Notre société ne craint plus Dieu. Du coup, si ce n'est plus Lui qui nous châtie pour nos péchés, c'est forcément l'environnement qui nous punit en raison de nos voitures trop gourmandes en carburant.
Le nombre des gens qui ne mourront pas de la grippe de Phoenix sera supérieur à celui de ceux qui en mourront, déclara un médecin lors d'une émission spéciale du petit écran. Autant continuer d'aller à l'école, régler nos factures et maintenir l'économie à flot. Sinon, quand cette peur-là retombera, nous aurons des raisons de paniquer.
Au cours de cette période aussi brève qu'étrange, on avait entrevu la possibilité d'un mode de vie entièrement différent. Il s'agissait d'un bienfait collatéral à l'effondrement de l'économie, à la dévastation causée par la grippe de Phoenix. Les règles présidant aux comportements de toute nature changèrent du jour au lendemain.
Elle commençait à mesurer la difficulté d'être une belle-mère, ou une mère. On passait son temps à tenter de convaincre des enfants de choses dont on n'était pas sûr soi même.
On rapportait que s'étaient formés dans tout le pays des groupes d'étudiants se consacrant à l'étude de Nostradamus. Pourquoi attendre de voir ce qui réserve l'avenir, s'il est possible de le découvrir dans le passé ?