Œuvre

Veuf (2011)

Tu as été ma plus belle qualité, j'espère ne pas avoir été ton plus gros défaut.
Je n'oublie pas le bruit que tu faisais en ouvrant le rideau de la chambre après la sieste. Je l'ai ouvert ce matin, il a fait du bruit mais pas le même qu'avant. Je ne vais plus l'ouvrir je vais rester dans l'ombre.
J'ai été amputé de toi sans anesthésie. On m'a retiré ma moitié, ce que j'avais de mieux. Je m'arrose de ton parfum pour que tu repousses.
Un bon souvenir, c'est comme une bonne bouteille, il ne faut pas le boire seul.
Elle n'aimait pas parler d'elle, encore moins qu'on en dise du bien. Je vais en profiter, maintenant qu'elle est partie.
Je n'ai pas de photos de toi, j'ai de la mémoire. Je n'aime pas prendre des photos des gens qui me sont proches, je pense à la douleur que j'aurai à les regarder quand ils ne seront plus là.
Mes souvenirs continuent à briller comme les étoiles mortes. Le passé me semble parfait, le futur pas très sur. Je préfère conjuguer l'irréel du présent.
Les vivants ne sont qu'à un endroit à la fois, les morts sont partout.
Pourquoi le bonheur, on le reconnaît seulement au bruit qu'il fait en partant ?
J'ai été amputé de toi sans anesthésie. On m'a retiré ma moitié, ce que j'avais de mieux.
Quand vous êtes malheureux, on dirait que la société souhaite que vous le restiez. Définitivement.
Je déteste l'imparfait de l'indicatif. Parfois, même, il m'arrive de ne plus aimer le présent.
Je dois être entré dans la phase de cristallisations des souvenirs, dont parte Stendhal. Mes souvenirs continuent à briller comme les étoiles mortes. Le passé me semble parfait, le futur n'est pas très sur, je préfère conjuguer l'irréel du présent.
Tout ce que les machines compliquées de la Salpêtrière n'ont pas réussi à faire, moi, je le fais avec des mots. Je te réanime.
Elle a été ma cale, elle m'a empêché de tomber, je me suis tenu droit à ses côtés. Elle m'a décapé, elle m'a poli, elle m'a fait briller. En échange, je l'ai fait rire. Pleurer aussi.
J'étais toujours sidéré de voir dans les restaurants des couples qui ne se disaient pas un mot, sauf, quelquefois, passe-moi le sel.
On était complémentaires, j'avais les défauts, elle avait les qualités. C'était la rencontre entre une optimiste et un pessimiste, une altruiste et un égoïste.
Depuis que la rayonnante Sylvie s'est éteinte, il fait sombre dans la maison, je vis dans la pénombre. J'ai eu beau changer les ampoules, j'ai eu beau en mettre des plus puissantes avec plein de watts, il fait toujours sombre.
Tu rangeais tout et je ne retrouvais rien. Aujourd'hui, je n'ai plus rien à perdre.
Les journées sont longues depuis le 12 novembre. J'aurais dû récupérer tes cendres, faire un grand sablier pour les mettre dedans, je t'aurais regardé passer le temps.
Tu étais le pôle positif, j'étais le pôle négatif. Ca faisait de la lumière, et souvent des étincelles.
C'est étrange, les gens n'osent pas parler de bonheur à celui qui vient d'avoir un grand malheur.
J'ai retrouvé des billets de banque dans ton porte-monnaie, je n'ose pas les utiliser, j'aurais l'impression de te voler. C'est complètement idiot, d'autant que j'ai payé de ma poche les Pompes funèbres. Tu me les dois. Trois mille euros.
Ca me manque de ne pas pouvoir te parler de moi. Je vais devoir apprendre à me parler tout seul.
Maintenant tous les matins je me réveille seul. Je ne me souviens plus tout de suite de la triste nouvelle, comme si tu remourais tous les matins.