Œuvre
Une femme fuyant l'annonce (2011)
Je dis tout haut ce que tout le monde ne pense pas tout bas.
Il contra : A : à mon avis, l'amour est le sentiment le plus sain, le plus merveilleux et le plus pur qui soit. B : je ne peux pas arrêter de parler de mon amour pour toi, mon amour pour toi, mon amour pour toi...
Elle va poursuivre son récit, et puis ce sera terminé. Une histoire ne se prolonge pas indéfiniment. C'est seulement une histoire. Un mot après l'autre.
Elle était très jeune, ignorant que l'on pouvait faire l'amour dans les rires. Elle ne savait pas non plus que son corps était aussi insouciant, espiègle et joyeux.
Les promesses sont faites pour être tenues, pas vrai ? Il y aura toujours des imbéciles chez nous pour les conduire, ces camions, en échange de quelques billets, croyez-moi.
Il y a une chose que je n'aurais jamais imaginée. On peut vivre toute sa vie sans but. Que rien ne te blesse vraiment, rien ne te rend réellement heureux. Tu vis parce que tu vis. Parce que tu n'es pas mort.
Elle qui, chaque fois qu'elle passait de la 4e à la 3e vitesse, paniquait à l'idée d'avoir enclenché la marche arrière, voilà qu'elle donnait la vie à une autre personne !
Le bonheur est toujours prématuré.
Avec les enfants, il faut savoir arrondir les angles de temps en temps, leur offrir une vision édulcorée du monde, il n'y a pas d'autre solution.
Nous avons réussi à passer à travers les gouttes sans y laisser des plumes, entre les guerres, les attaques terroristes, les roquettes, les grenades, les balles, les obus, les bombes, les snipers, les attentats suicides, les billes d'acier, les pierres, les couteaux, les clous…
Si l'on observe quelqu'un, n'importe qui, assez longtemps, on peut deviner les pires extrémités auxquelles il pourra se livrer dans sa vie
Quand on est petit, vous savez, et qu'un adulte accepte de jouer avec vous, on a toujours peur qu'il se lasse, consulte sa montre ou ait autre chose de plus urgent à faire, non ? Mais pas ma mère. Elle ne se fatiguait jamais avant moi et, quoi qu'il arrive, je savais qu'elle ne s'interromprait jamais la première. C'est quelque chose qui vous insuffle de la force pour toute la vie, quelque chose qui vous rend heureux, hein ?
Les familles... Tant de variables, de parenthèses, de multiplications par des puissances, toutes ces complications, ce besoin constant d'être "en relation" avec tous les autres membres de cette famille, à n'importe quel moment, de jour comme de nuit, même en rêve. C'est comme recevoir en permanence des décharges électriques, ou vivre dans un éternel orage.
« Tu comprendras quand tu seras grand », manque-t-elle de dire. Au fond, c’est le contraire, elle le sait : Tu comprendras quand tu seras petit, quand tu redeviendras un enfant, conjurant les ombres menaçantes et les cauchemars par des pactes stupides, et peut-être que tout s’éclairera à ce moment-là.
Pendant vingt-cinq ans, elle n’a cessé d’essuyer tout ce qui suintait de ses trois hommes, chacun à sa façon, ce qu’ils déversaient au fil des ans, jour après jour, dans le microcosme familial, c’est-à-dire en elle, car plus que chacun séparément ou les trois réunis, le microcosme familial c’était elle qui l’incarnait.
Il arrive un moment où on ne pose plus de questions, parce qu'on redoute la réponse .
Pourquoi chercher une explication à tout ? On a encore le droit de faire des choses sans raison, non ? On n'est pas obligé de tout analyser jusqu'au trognon, quand même !
Dis-toi que, parfois, une mauvaise nouvelle est en fait une bonne que tu n'as pas comprise, et aussi qu'une mauvaise nouvelle peut s'avérer bonne et très utile en fin de compte
On pourra inventer n'importe quoi, mais nous continuerons à attacher nos lacets chaque matin en nous rappelant que nous sommes des hommes.
Pour elle, vivre c'est comme être foudroyé par une ligne à haute tension
Quand ils étaient enlacés, j'ai eu la conviction absolue, jusqu'au tréfonds de mon être, que même lorsque nous ne serions plus là, ils resteraient ensemble, que rien ne les séparerait, qu'ils ne s'éloigneraient jamais l'un de l'autre, ne deviendrait pas des étrangers, et se soutiendraient toujours en cas de besoin. Ils formeraient une famille, tu comprends ?
La famille est une perpétuelle occurrence.
Elle s'aperçut soudain que son fils était sa mémoire vivante, le réceptacle de ses souvenirs.