Œuvre

Pensées et Maximes

Voulez-vous que jamais on ne se rende maître de vous? Soyez-le toujours de vous-même.
Au bord de l'abîme, prenez-y garde, il ne vous reste plus qu'un seul pas à faire pour y tomber.
Faveur populaire! mot tracé dans le sable, et qu'efface le plus léger souffle de l'adversité.
Avant de commettre une faute, la voix de la raison est pour nous celte d'une amie; après, elle se change en celle d'un juge qui nous condamne sans pitié.
Si vous aimez mieux une bonne action au grand jour qu'à l'ombre, c'est que vous avez plus de vanité que de générosité dans le coeur.
Ne laissez point dépérir une bonne habitude; car il n'est rien de plus difficile que de lui rendre sa première vigueur: ne permettez pas à une mauvaise de croître et de grandir; car rien n'est plus difficile que de la déraciner.
Le coeur de l'homme sans foi est comme un ciel orageux où ne brille aucun rayon de soleil.
La générosité n'est parfois qu'un adroit égoïsme.
Ne méprisez point l'indigent laborieux; songez que ses sueurs sont le suc nourricier de l'arbre social.
Les révolutions ne seraient pas aussi nombreuses, si les peuples savaient jouir de la liberté comme ils savent la conquérir.
Il n'y a que celui qui avoue ses propres erreurs qui ait le droit d'attaquer celles des autres.
L'ennui ne s'empare que des ennuyeux.
Tirez avantage du quart de votre temps perdu inutilement, et, je me trompe fort, ou il équivaudra à la moitié de celui que vous mettez à profit.
Sans regret nous rejetons le bouquet dont les fleurs ont perdu leur parfum et leurs riches couleurs.
Ne nous plaignons pas quand, une a une, s'évanouissent nos illusions; car Dieu l'a ainsi voulu, afin qu'au terme de notre carrière nous puissions, sans regret aussi, rejeter la vie comme un bouquet flétri.
Fixant dans l'avenir le terme de notre course, nous disons: - Là, je voudrais m'arrêter. Le sage, n'importe quand et où s'achève son pélerinage, dit: - Je suis arrivé.
Aux yeux du sage le prix d'un objet ne consiste pas à venir d'un pays lointain, mais à être utile dans celui où il se trouve.
Ne point se soumettre à la voix de la raison, alors que pourtant elle nous force d'avouer nos torts, c'est ressembler au coursier indompté refusant d'obéir au frein qui le captive.
Quand vous êtes seul, songez au moment où vous serez avec les hommes; êtes-vous avec eux, songez au moment où vous serez seul.
Soyez assez courageux pour vous imposer parfois des privations et des sacrifices, quand la nécessité ne vous y force pas, et le courage ne vous manquera pas, alors qu'elle vous les commandera.
Sans la tolérance, point de libre pensée; sans la libre pensée, point de progrès.
Ne serrez qu'avec une extrême prudence la main inconnue qui presse la vôtre avec une extrême cordialité.
Nous remettrions bien moins de choses au lendemain, si nous songions à la satisfaction que nous fait éprouver, le matin, le souvenir d'un travail achevé la veille.
Voulez-vous que les hommes sensés recherchent vos discours; évitez de discourir avec ceux qui ne le sont pas.
Une espérance fondée sur une promesse, c'est le plus souvent un bouton naissant sur une branche qui se meurt.