Œuvre
Nos Séparations (2008)
L'éducation, dans la plupart des cas, c'est juste un entraînement quotidien pour nous pousser à ne pas ressembler à nos parents.
Je n'ai certainement pas fait assez de sport dans ma jeunesse pour supporter ainsi les mouvements irréguliers de mon coeur. Cela fatigue tellement, ce mouvement perpétuel du bonheur au malheur.
Souvent, les paroles ne suivent pas les décisions. Il faut du temps pour mettre en pratique les évidences.
C'était donc ça le bonheur, un état de complète satisfaction. Un état rond, sans la moindre faille. Avait-on le droit d'être heureux sans être dans la satisfaction complète?
Je ne supporte pas les conflits. Arrondir les angles est le slogan de ma névrose.
Pourquoi toujours choisir? La vie est une succession de limitations.
Je pense souvent à cette expression prendre l'air. Cela veut dire que l'on va ailleurs, pour le trouver. Cela veut dire littéralement: où je suis, je m'asphyxie.
Je suis presque certain que le fondateur d'Ikea devait être un Suédois dépressif (on frôle le pléonasme), sans vie affective, et qu'il a trouvé le moyen d'anéantir celle des autres.
Je devais vivre mon bonheur avec un compte à rebours du malheur dans le coeur.
Bien sûr que j'y avais cru. Ne devait-on pas croire nos amis ? C'était peut- être même la seule croyance valable. Alors, non, je ne m'étais pas posé de question.
Mon passé m'attendait, et c'était le plus angoissant des avenirs.
Nous étions comme ces bougies qui ne finissent pas de se consumer, ces bougies qui donnent l'impression qu'elles ne pourraient jamais se consumer tant qu'une infime flamme survit dans la cire.
Seules les bougies connaissent le secret des agonies.
Certaines personnes portent en elles, d'une manière inexorable, le compte à rebours du saccage intime.
Je voulais être accepté quelque part, avoir des habitudes, vivre des dimanches insupportables peut-être mais des dimanches précis.
Alice aurait pu se retrouver dans le roman d'un grand écrivain tchèque, mais elle a préféré être dans ma vie.
Elle était mon horloge cassée, l'infini à portée de mes lèvres.
Nous étions dans la valse des tonalités. Et je n'étais pas loin de penser que l'amour rend surtout sourd.
Nos vies sont des cercles. Des cercles avec des évolutions illusoires, des tentatives de nous faire croire que le but n'est pas le point de départ. Alors qu'il est évident que nous nous dirigeons vers l'origine, la poussière.
La vie était couleur pastel, celle des bonbons de l'enfance.
Bien sûr que j'y avais cru. Ne devait-on pas croire nos amis ? C'était peut-être même la seule croyance valable.
C'était peut-être cela que nous devions faire pour être heureux ensemble, colorier en noir les négations.
Avec Alice, j'alternais sans cesse entre les mouvements d'euphorie où je voulais l'emmener en weekend sur la Lune, et les moments de violences intersidérales où je l'aurais enfouie au coeur de la Terre.
Sans elle j'avais peur de tomber malade. C'était idiot. Il m'arrivait de penser qu'elle me protégeait des infections et des épidémies.