Œuvre

Monsieur du Paur, homme public (1898)

La vertu des femmes n'est souvent que la maladresse des hommes.
Dans la vie il faut savoir compter, mais pas sur les autres.
Telle femme, douce au palais comme une pêche, et qui en a le noyau pour tout coeur, croit que l'amour c'est de s'aimer soi-même sous de nouvelles figures.
On rencontre chez les personnes mûres un habile abandon, une commodité, on ne sait quoi qui insensiblement engage. Tels ces livres qu'a fatigués mainte lecture, mais qu'on retrouve avec plaisir: qui, d'eux-mêmes, s'ouvrent aux bonnes pages.
Il n'est point de sacrifice que les femmes ne fassent à la pudeur. Ainsi, à toute extrémité, elles gardent leurs bas, et quelques-unes même une mince chaîne d'or où dansent deux ou trois médailles.
Telle vie ardente et cachée, qu'assaisonne une seule femme, ne fait-elle point souvenir de ces nuits océaniennes d'où émerge parfois comme une corbeille sur du lait, on ne sait quelle île, peut-être sans nom, parfumée tout entière à la même fleur.
Une femme qui commence d'aimer n'use guère de cartes postales. Elle a une enveloppe pour ce qu'elle veut dire comme une chemise pour ce qu'elle veut montrer - à l'homme qu'elle aime, - et cacher aux autres.
Ces coeurs que l'on croit tendres et qui ne sont que corrompus, l'amour y laisserait de mêmes et aussi durables creux que nos doigts aux jambes de la belle Madame.
Pour peindre l'amour, il en faudrait décrire tout le mystérieux, les fureurs étranges, et cette auréole d'oubli dont il enchante l'âme; tel un tilleul qui répandant son ombre et son parfum enivre ceux qu'il fait dormir.
L'amour est un produit où les chimistes ne retrouvent pas les corps qui le composent.
Au seuil de l'amour la femme ne sait déjà plus si c'est: bonjour qu'il faut dire ou: bonsoir. Elles n'ont pas de mémoire, c'est vrai: elles ne se souviennent que du lendemain.
Il y a des femmes qui ont passé leur vie à se donner, et sans avoir, peut-être, un seul amant. Quand elles croyaient céder à l'homme, elles ne faisaient que subir l'occasion.
L'amour des femmes console parfois de leur amitié; mais hélas, c'est par avance.
En amour, les femmes font elles-mêmes, les demandes et les réponses.
Ce n'est pas naturellement que les femmes ont de la pudeur; et l'on sent bien que cette vertu a été inventée par les hommes à l'usage de leurs vices.
L'amour et l'océan nourrissent toutes sortes de poissons.
L'amoureux qui voyage pour guérir, c'est un bossu qui espère de laisser sa bosse à la Chine.
La plupart des hommes se dépensent à l'amour, sans se soucier qu'il soit bel et haut. C'est proprement pour eux le tronc des pauvres.
Ce n'est pas de ses seules mains qu'on est paresseux, toujours. Il y a des années où l'on se soucie d'amour autant que de travail, et qu'il vous pousse, pour ainsi dire, un poil dans le coeur.
Les femmes habillent l'amour moderne au langage de l'ancien amour. Cela n'est point sans créer des malentendus.
Les femmes vous ruent dans les jambes. Et puis elles disent: «Vous boitez?»
Le mal qui vient de ce qu'on chérit a plus de douceur que toutes les douceurs d'une main étrangère.
Des sots autour d'un homme d'esprit ressemblent à des paysans qui viennent de déterrer une bombe.
L'amour est comme ces hôtels meublés dont tout le luxe est au vestibule.
Il y a dans l'amour un moment où l'on oublie ses prénoms réciproques : les dames s'en tirent en appelant leur mère, qui heureusement ne vient pas.