Œuvre

Mille et une pensées (2005)

La médiatisation expose à tous les dangers. On ne gifle que les gens qu'on a reconnus.
La vie privée des stars nous est aujourd'hui racontée avec un luxe de détails qu'est seul capable d'alimenter un manque total de renseignements.
Disparues depuis plusieurs années, Mère Teresa et lady Diana tiennent toujours le haut du pavé médiatique parce qu'elles ont fait du bien aux hommes. Mais pas de la même façon.
L'homme économe se reconnaît à ce que, s'éloignant des onctions superflues, il ne se frictionne qu'aux huiles essentielles.
Ah! la «bonne continuation» proférée après chaque plat par les maîtres d'hôtel comme s'il leur fallait conjurer le mauvais sort qui menace le convive à travers les champignons toxiques, les vaches folles et les serveurs maladroits.
Il en est du comique comme du vin: il y a les bonnes années et les autres...
Je connais une plus grande satisfaction que celle de ne rien faire: celle du travail accompli. Situation qui, dans les deux cas, autorise la sieste.
Performance de la dernière Ferrari: elle va si vite qu'il faut désormais moins d'un quart d'heure pour aller du péage à la prison.
La gastronomie - activité passive de ceux qui ne savent pas cuisiner - est un art. Mais il ne faut pas en faire un plat.
Le gazon est toujours plus vert et plus touffu dans le jardin du voisin. L'herbe doit apprécier qu'on la laisse tranquille puisqu'elle n'est jamais aussi prospère que sous la binette distraite des jardiniers municipaux.
L'hédonisme est en train de devenir la première de nos industries qui multiplie les recettes et les conseils pour être heureux à table et au lit sans s'aviser que la satiété est mère de la morosité.
Vivre est moins exaltant que survivre.
La cuisine française est en pleine décadence qui, sur des tables fort réputées, substitue de plus en plus souvent à la traditionnelle purée, morceau de bravoure de Joël Robuchon, des pommes de terre écrasées par un tracteur perdant son huile.
Le mauvais temps sévit dans la plupart des films comme si le septième art ne pouvait faire son beurre qu'en trayant les nuages.
Les palaces consolent de ne pas avoir connu les palais.
Un chroniqueur gastronomique est digne de cette appellation lorsque la verve qu'il met à évoquer les mets dépasse le temps de leur cuisson.
L'affirmation d'un bonheur illusoire constitue un premier pas sur le chemin de la félicité.
Le bonheur n'existe qu'en fonction de la conscience qu'on en a. Il appartient donc aux hédonistes allègres.
Ras la fourchette de la dictature du haricot vert, sempiternelle vedette de la «garniture» de légumes! Le légume unique n'est pas plus supportable que la pensée du même nom.
Le rêve hypocrite du notable: être sage dans ses propos et pas sage dans sa vie. Comme si ne comptaient que les paroles et comme si les actes ne relevaient que de la comédie.
Les Coiffeurs, simples jardiniers du système pileux supérieur, sont devenus les phares d'un Etat-bigoudi soumis à la dictature du peigne et placé sous la souveraineté du séchoir.
L'Etat n'a plus de morale dès lors qu'il a des intérêts.
Un Etat qui doit d'abord faire vivre cinq millions de fonctionnaires et assimilés n'a plus guère les moyens de secourir les autres citoyens.
Garde à vue: bande annonce de la prison préventive. On en ressort fripé, pas rasé, mais plus connu.
Révision du statut pénal du chef de l'Etat. Le président n'est pas responsable de ses actes. Un privilège que la loi réservait jusqu'à présent aux déments, aux épileptiques et aux somnambules.