Œuvre
Mille et une pensées (2005)
Je me suis cultivé à force de m'écouter parler de sujets que je ne connaisais pas.
Un visage pur de madone auréolé de cheveux blonds s'encadre dans mon téléviseur. Cinq siècles plus tôt, cette Joconde eût posé pour Léonard de Vinci. Aujourd'hui, elle annonce sur LCI que Lyon jouera à domicile contre Rennes.
Le public semble plus demandeur de premières idylles que de nouveaux talents.
La notion d'intelligence est-elle obscène? Ou cinq syllabes échorchent-elles à ce point les lèvres pour que les contemporains dotés d'un QI convenable soient seulement estimés malins ou futés?
La télévision mérite-t-elle encore qu'on la critique? Elle ne tient nul compte des sages avis d'exégètes assez dévoués pour la regarder mais pas assez imprudents pour en tâter.
L'avantage de ne connaître rien à rien c'est qu'on peut parler de tout avec une égale inconscience.
La téléréalité est à la vie réelle ce que la poupée gonflable est à l'amour: un simulacre inventé par des marchands à l'usage des esseulés.
Dommage que la culture consiste de plus en plus à s'en remettre à d'autres du soin de penser.
Interviews d'artistes à la télé: le plat pays des questions oiseuses baigne dans l'océan des réponses sans intérêt.
La télévision, c'est comme la liberté: il faut l'avoir à portée de la main même et surtout si l'on ne s'en sert pas.
80% d'une classe d'âge décrochent aujourd'hui le bac alors que, voilà un demi-siècle, 14% seulement y parvenaient. C'est à ce genre de comparaison qu'on s'avise qu'on est né trop tôt.
La définition du parfait amour par les spots du petit écran: un couple qui regarde ensemble l'avenir à travers la lunette des WC.
Il y a pire que de n'avoir pas d'idées générales: c'est de n'avoir que cela...
Le scandale des animateurs-producteurs: ce ne sont pas eux qui sont trop payés, ce sont les téléspectateurs qui ne le sont pas assez.
Il faut prendre le public par la main. Et puis aller vite laver les siennes.
Les amours de comédiens sont comme les boîtes de petits pois dans les grandes surfaces: en promotions durant une période affichée sur la façade des magasins ou sur la couverture des magazines.
Hier, on écrivait ses Mémoires en fouillant la sienne et en brodant pour cacher les trous. Aujourd'hui, les pointillistes du souvenir mercantile ravaudent leurs vieux agendas en tirant à la ligne. Tristounet.
Les m'as-tu-vu se recrutent dans toutes les classes. Inconnus, on les appelle des frimeurs. Connus, on les appelle des vedettes.
Les gens connus qui expriment sans complexe le souci qu'ils ont de «leur image» la détériorent déjà.
Les étreintes publiques les plus fougueuses se situent sur les terrains de sport. Embrassades des équipiers entre eux avant que les entraîneurs se précipitent plus goulûment sur leurs joueurs que les entraîneuses
Le snobisme est mauvais conseiller qui incite à confondre contemporains connus et gens recommandables.
La justification majeure des défilés de mode: ils présentent des modèles que personne ne portera plus jamais.
Je crois qu'il existe une belle égalité des citoyens dans l'accès aux petits bonheurs de la vie quotidienne et une énorme inégalité dans la faculté d'en profiter.
J'ai connu l'époque où, au cinéma, les spectateurs pleuraient davantage que les producteurs...
Un joueur. Un vrai. Il risque des centaines d'euros sur le tapis vert. Mais il a gardé son manteau pour économiser les cinquante centimes du vestiaire.