Œuvre

Mille et une pensées (2005)

Les dictateurs et les bandits manchots exercent un pouvoir totalitaire. En Asie, Pol Pot assassinait le peuple. Chez nous, Jack Pot le rançonne.
Finalement, la vie m'aura apporté beaucoup de privilèges dont j'imaginais qu'ils étaient réservés aux autres et m'aura refusé quelques avantages dont je pensais qu'ils me revenaient de droit.
Plus d'un demi-siècle que je fais l'amour. Plus d'un demi-siècle que je conduis une voiture. Et je n'ai jamais eu la curiosité de me plonger dans un manuel de mécanique ou dans un traité d'anatomie. C'est dire mon désarroi en cas de panne.
Je revendique la vertu de reconnaître publiquement toutes mes faiblesses quand on me paie pour cela.
Je suis la personne qui me veut le plus de bien au monde.
La preuve que je ne suis pas narcissique: je ne regarde jamais mon reflet dans l'eau sans avoir envie de lui lancer une pierre.
Je pense parfois à vivre plus simplement. Mais je décevrais trop de fournisseurs.
Il m'arrive de m'ennuyer avec moi-même. Faute de pouvoir me raconter des histoires que je ne connais pas.
Je tends de plus en plus vers l'humilité, vers la sérénité, vers la bienveillance et celui qui me dira le contraire, je lui écraserai à coups de talon sa face de rat!
Je suis un véritable égoïste. C'est dire si je me soucie peu de l'égoïsme des autres.
Je veille à ne pas dire trop de mal de trop de gens afin de ne pas affaiblir la portée de mes médisances.
Rien ne me comble davantage que d'être apprécié par des gens de goût mais, à la minute précise où ils semblent me témoigner quelque indulgence, je n'ai plus aucune confiance dans leur goût.
Parfois, je me sens angoissé de ne pas être plus inquiet.
Sans doute me passionnerais-je davantage pour le sort des déshérités lointains si j'étais capable de mieux situer leurs pays sur la carte. Pas de tripe humanitaire sans fibre géographique.
Je dois être, au fond de moi, affreusement pessimiste puisque je considère encore comme un petit miracle de parvenir à un lieu de destination, hier en avion, aujourd'hui en train ou en voiture.
Je crois illustrer jusqu'à la caricature les qualités et les défauts du Français moyen. D'où un profil très français. Et très moyen.
Infirme ménager, je n'ai jamais pris un repas ou bu une tasse de thé qui n'aient été préparés par un tiers. Il faudra que j'essaie, un jour, d'allumer le gaz et - si j'y parviens - de faire bouillir de l'eau. Pour rien. Pour le plaisir.
Je me sens de plus en plus humble. Au point de ne pas me dissimuler que, dans ce domaine, j'ai pris le départ très tard.
Quand je m'avise du mépris dont pâtissent tous ceux qui essaient de dérider leurs contemporains, je donnerais parfois, pour ne plus être un rigolo, presque autant que ce qu'on m'alloue pour l'être.
La passion de soi n'est pas toujours passionnante.
Je ne pense pas davantage que ceux qui ne publient pas de pensées. Au contraire, puisqu'une partie de mes fonctions intellectuelles se trouve consacrée à l'examen critique de ce que je pense.
J'ai d'autant plus horreur de travailler pour rien que, ce faisant, je prive les confrères pratiquant le bénévolat d'un des plaisirs les plus purs qui soient.
Pour des raisons de vocabulaires techniques, je ne comprends pas la moitié des textes que je lis. Pour des motifs de choix personnels, je m'intéresse qu'au tiers de ce je comprends. On déposerait à moins son bilan culturel.
L'allégresse que j'éprouve à vivre en France et qui me dissuade d'aller chercher mon bonheur ailleurs assure les habitants des pays limitrophes qu'on ne me trouvera jamais dans les rangs de leurs envahisseurs.
Je n'ai jamais été content de ce que je faisais. Mais quand je ne ferai plus rien, je m'offrirai le luxe de n'être pas honteux de ce que j'ai fait.