Œuvre
Mille et une pensées (2005)
Gardons-nous de sous-estimer le pouvoir de nuisance des petits chefs entre le moment où ils sortent du néant et l'instant où ils y retournent.
Il faudra que je me débarrasse de cette habitude de regarder les nouveau-nés en pensant que, dans quelques décennies, ils quitteront piteusement ce monde où ils viennent de débarquer triomphalement.
Le propre du moraliste est de tenir pour immorales les saletés qu'il a toujours rêvé de faire.
Pour faire partie de la Communauté, les Turcs renoncent à criminaliser l'adultère. Ils n'avaient pas assez de pierres pour aider à construire l'Europe et organiser des lapidations.
Le disc-jockey est un jeune homme courageux qui se déplace à l'aveugle dans la pénombre en attendant de devenir sourd.
Ah! les faux amis des bêtes qui se prennent à caresser le chien d'une jolie femme avec l'espoir de trouver le chemin de son coeur sous les poils de l'animal!...
Les gens qui finissent vos phrases n'ont jamais terminé une seule de leurs idées.
Les bruits paraissent sourds bien avant qu'on reconnaisse qu'on l'est autant qu'eux.
Des bons confrères se sont rués sur les méchancetés que j'avais écrites à mon propos. Après quoi, ils ont reconnu qu'ils n'avaient rien à ajouter.
Dommage qu'on obtienne le même réflexe d'hilarité en chatouillant les pieds qu'en titillant le cerveau...
Etre soi-même? D'accord. Encore faut-il être quelqu'un.
Personne ne peut plus m'en imposer dès lors que je l'imagine se curant le nez, vomissant dans le lavabo, se livrant au simulacre de la reproduction ou ahanant la longue plainte exonérante sur le siège des commodités.
Ah! la fausse modestie démagogique des stars qui, à la sortie d'un film, saluent le dévouement et la compétence de techniciens sur lesquels, durant le tournage, ils n'ont pas daigné poser leur regard...
Rassurant le déversement régulier des déchets teutons sur notre territoire: on ne saurait systématiquement polluer qu'un pays qu'on s'interdit d'envahir.
Les trophées sportifs - ou autres - qui récompensent une épreuve gagnée à la sueur du corps devraient être remplacés par les déodorants.
J'envie les gens qui ne savent pas écrire. Ils sont obligés de recourir à la parole - volatile par excellence - pour dire de leurs contemporains des méchancetés qui ne laissent nulle trace.
La haine du client est en train de remplacer la lutte des classes.
Confidence d'une romancière: «Depuis toute petite je voulais faire écrivain.»
Il n'y a aucune raison de priver de son record un cycliste qui roule aux amphétamines alors qu'on publie sans sourciller les oeuvres d'un poète qui puise son inspiration dans les spiritueux.
Il court après le prix Goncourt et les petits garçons sans avoir jamais rattrapé que les seconds.
La montée générale des décibels: au cinéma, les chuchotements ont disparu et les amours adultères font tellement de bruit qu'on ne comprend pas comment les cocus peuvent ignorer leur infortune.
Ah! le drame des belles consciences qui vitupèrent la pensée unique mais qui n'exploitent, durant leur vie, que quelques idées fixes.
Au lycée, il décrochait toujours le prix d'excellence. Adulte, il parlait sept langues. L'âge n'avait pas diminué sa faim de savoir et sa soif de culture. Depuis sa retraite, il étudiait le sanscrit. Il est mort hier. Ca lui apprendra.
Depuis l'abolition de la peine capitale, l'erreur judiciaire n'est plus ce qu'elle était.
A notre époque de paresse sexuelle généralisée, les satyres apparaissent comme les derniers détenteurs de la virilité.