Œuvre

Mille et une pensées (2005)

La parole doit être jolie en soi, indépendamment de l'usage qu'on en fait, puisque les plus beaux esprits de notre époque s'en servent pour ne rien dire.
La vie dégage aussi parfois des odeurs de décomposition.
A Paris, il faut compter une bonne semaine pour qu'une calomnie-boomerang vous revienne, dépouillée de tout conditionnel et assortie de détails auxquels on est un peu honteux de n'avoir pas songé.
Inutile de demander la France. Elle est aux préposés absents.
Pour économiser votre méchanceté, choisissez des ennemis en petite sante.
Ceux qui n'ont rien à dire ou qui feraient mieux de garder le silence réclament une liberté d'expression dont ils ont déjà, par définition, abusée.
Une sonore flatulence émise sur la voie publique console de ne pas posséder de moto.
Faute de vigilance ou de ciseaux, la pilosité nasale est aux patrons français ce que les mauvaises herbes sont au gazon anglais.
Il n'y a plus guère que les préfets et les extra pour demeurer fidèles à la tradition des gants blancs.
Si l'on veut garder intacte sa gentillesse, il faut expectorer au moins une grosse méchanceté par jour.
Les sports d'hiver sont irremplaçables qui offrent à tant de bras cassés l'occasion de se fracturer aussi les jambes.
Ben Laden, Saddam Hussein, Fidel Castro, même combat, même espoir toujours déçu. On ne peut rien contre des assassins quand ils ont le soutien de tout un peuple.
Un pays, où l'on ne renouvelle pas les centres d'intérêt et où, sous prétexte de patrimoine, les horreurs s'accumulent, est comparable à ces hôtels mal tenus où l'on oublie de changer les draps.
Le nouvel équilibre mondial: plus de guerres ni de tués nulle part; des explosions et des cadavres partout.
Il n'y a qu'à observer ses contemporains et parcourir les gazettes pour constater que le nombre des corbeaux en activité dépasse singulièrement celui des Airbus en vol.
Il existe des noms abusivement dits propres que, par simple souci d'hygiène buccale, on devrait s'interdire de prononcer.
Aussaresses, le bourreau étoilé: avec son oeil en moins, il a l'air de s'être, par erreur, torturé lui-même.
Des pigeons déambulent à petits pas chaloupés, jabot en avant, gonflés de leur importance. D'où vient cette impression de déjà vu? Sans doute de la promenade dominicale en province lorsque, sur le cours, les notables cravatés se croisent et se saluent.
Les règlements de comptes se multiplient tellement sur l'île de Beauté qu'on en arrive à se demander si on ne solutionnera pas le dossier corse comme on a résolu le problème du milieu marseillais: par autoextinction.
J'essaie de me dénicher un nouvel ennemi bon an mal an afin de montrer à mes amis que je n'aime pas tout le monde.
Les rues sont pleines d'obsédés, de schizophrènes et de paranoïaques qui promènent leurs tics et leurs idées fixes comme d'autres sortent leur chien.
Les cons fournissent une cible privilégiée. Ils sont tellement nombreux que même un mauvais tireur est assuré de faire mouche.
Il y aurait beaucoup moins de turpitudes sexuelles et - par voie de conséquence - d'affaires de moeurs si le Créateur n'avait pas dispensé l'espèce humaine de la saison des amours imposée aux autres créatures.
Conversation avec un poivrot distingué et digne: j'ai su qu'il buvait par les confidences de son haleine.
Je m'endors plus facilement depuis que je lis, le soir, des auteurs qui ne sont pas des lumières.