Œuvre

Les Chants du crépuscule (1835)

Gloire à notre France éternelle! - Gloire à ceux qui sont morts pour elle! - Aux martyrs! aux vaillants! aux forts!
Mil huit cent onze! - O temps où des peuples sans nombre - Attendaient prosternés sous un nuage sombre - Que le ciel eût dit oui!.
Non, l'avenir n'est à personne! - Sire! L'avenir est à Dieu! - A chaque fois que l'heure sonne, - Tout ici-bas nous dit adieu
Oh! Demain c'est la grande chose! - De quoi demain sera-t-il fait?
Seigneur, votre droite est terrible!
Demain c'est Waterloo! demain c'est Saint-Hélène! - Demain c'est le tombeau!
Oh! n'exilons personne! oh! l'exil est impie.
Et moi, je contemplais celle qui priait Dieu - Dans l'enceinte sacrée, - La trouvant grave et douce et digne du saint lieu, - Cette belle éplorée.
Oh! n'insultez jamais une femme qui tombe!
Je puis maintenant dire aux rapides années: - - Passez! passez toujours! je n'ai plus à vieillir! - Allez-vous-en avec vos fleurs toutes fanées; - J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir!
Heureux qui peut aimer, et qui dans la nuit noire, - Tout en cherchant la foi, peut rencontrer l'amour ! - Il a du moins la lampe en attendant le jour. - Heureux ce coeur ! - Aimer, c'est la moitié de croire.
S'il est un rêve d'amour, - Parfumé de rose, - Où l'on trouve chaque jour - Quelque douce chose, - Un rêve que Dieu bénit, - Où l'âme à l'âme s'unit, - Oh ! j'en veux faire le nid - Où ton coeur se pose !
S'il est un sein bien aimant - Dont l'honneur dispose, - Dont le ferme dévouement - N'ait rien de morose, - Si toujours ce noble sein - Bat pour un digne dessein, - J'en veux faire le coussin - Où ton front se pose !
Ce qui sort à la fois de tant de douces choses, - Ce qui de ta beauté s'exhale nuit et jour, - Comme un parfum formé du souffle de cent roses, - C'est bien plus que la terre et le ciel, - c'est l'amour !
Tirons de chaque objet ce qu'il a de meilleur, - La chaleur de la flamme, - Le vin du raisin mûr, - Le parfum de la fleur, - Et l'amour de la femme !
L'homme aujourd'hui sème la cause, - Demain Dieu fait mûrir l'effet.
Hier vous n'étiez qu'une foule : - \r\nVous êtes un peuple aujourd'hui !
Soyez fiers ! vous avez fait autant que vos pères. - \r\nLes droits d'un peuple entier, conquis par tant de guerres, - \r\nVous les avez tirés tout vivants du linceul. - \r\nJuillet vous a donné, pour sauver vos familles, - \r\nTrois de ces beaux soleils qui brûlent les bastilles : - \r\nVos pères n'en ont eu qu'un seul !