Œuvre
Les Ames mortes (1842)
Plus contagieuse que la peste, la peur se communique en un clin d'oeil.
Partout dans la vie, il se présentera à un moment donné une manifestation de beauté qui éveillera chez l'homme un sentiment jamais vécu jusqu'alors.
Il faut saisir au vol les pages heureuses de la vie de crainte qu'elles ne se changent en tristesse.
Il est des passions qu'il n'appartient pas à l'homme de choisir.
Nous avons tous cette faiblesse de manifester beaucoup d'indulgence pour nos erreurs et préférer faire retomber la faute sur autrui.
L'homme russe est ainsi fait : il adore devenir l'inséparable de tout être au dessus de lui dans la société.
Sait-on ce qui peut venir à l'esprit d'un homme en promenade, les rêves qui lui font oublier un instant la morne réalité, qui le sollicitent, le taquinent, émeuvent son imagination et lui sont chers, même s'il est persuadé qu'ils ne se réaliseront jamais ?
L'esprit supérieur qui, loin de railler, sait endurer la raillerie, se montrer indulgent aux imbéciles, ne pas s'irriter, ne jamais se venger, mais garder le calme fier d'une âme impassible.
Qui rêve d'être intelligent n'a pas le temps de faire des bêtises ; les bêtises doivent disparaître d'elles-mêmes.
Il est démontré par l'expérience des siècles que, dans la condition d'agriculteur, l'homme conserve une âme plus simple, plus pure, plus belle et plus noble.
Rien n'égale la solitude quand l'homme peut jouir de la nature et lire de beaux livres.
Il soupa d'un cochon de lait, se déshabilla, se glissa sous la couverture et s'endormit aussitôt d'un profond sommeil, du merveilleux sommeil, apanage des heureux mortels qui ignorent les puces, les hémorroïdes et l'excès d'intelligence.
Pavel Ivanovitch fut complètement de cet avis et ajouta que rien n'égalait la solitude quand l'homme pouvait jouir de la nature et lire de beaux livres.
Les autres fonctionnaires étaient plus ou moins cultivés : l'un avait lu Karamzine, l'autre la gazette de Moscou, d'aucuns même n'avaient rien lu du tout.