Auteur

Nikolaï Gogol

C'est une chose connue, et la sainte Ecriture le dit, que la voix du peuple est la voix de Dieu. Il est impossible d'imaginer rien de plus sensé que ce qu'a imaginé le peuple.
Qu'importent les trésors! Plutôt qu'argent entasser, mieux vaut amis posséder.
Plus contagieuse que la peste, la peur se communique en un clin d'oeil.
Plus sublimes sont les vérités, plus leur maniement demande de prudence; sinon, du jour au lendemain, elles se changent en lieux communs, le public n'y croit plus.
Partout dans la vie, il se présentera à un moment donné une manifestation de beauté qui éveillera chez l'homme un sentiment jamais vécu jusqu'alors.
Il faut saisir au vol les pages heureuses de la vie de crainte qu'elles ne se changent en tristesse.
Il est des passions qu'il n'appartient pas à l'homme de choisir.
Nous avons tous cette faiblesse de manifester beaucoup d'indulgence pour nos erreurs et préférer faire retomber la faute sur autrui.
L'homme russe est ainsi fait : il adore devenir l'inséparable de tout être au dessus de lui dans la société.
Sait-on ce qui peut venir à l'esprit d'un homme en promenade, les rêves qui lui font oublier un instant la morne réalité, qui le sollicitent, le taquinent, émeuvent son imagination et lui sont chers, même s'il est persuadé qu'ils ne se réaliseront jamais ?
L'esprit supérieur qui, loin de railler, sait endurer la raillerie, se montrer indulgent aux imbéciles, ne pas s'irriter, ne jamais se venger, mais garder le calme fier d'une âme impassible.
Qui rêve d'être intelligent n'a pas le temps de faire des bêtises ; les bêtises doivent disparaître d'elles-mêmes.
Quand un homme devient amoureux, il est comme une semelle qu'on met tremper dans l'eau pour la plier ensuite comme on veut.
Il est démontré par l'expérience des siècles que, dans la condition d'agriculteur, l'homme conserve une âme plus simple, plus pure, plus belle et plus noble.
Il n'existe personne au monde qui n'ait quelques péchés sur la conscience. Les voltairiens ont beau dire, c'est Dieu lui-même qui a voulu cela.
Tout ce qui vous entoure n'est que vaine agitation, oui, vaine agitation, car vous n'avez pas encore goûté au bonheur véritable.
Si ta gueule est de travers, ne t'en prends pas au miroir.
On baptisa l'enfant, qui se prit à pleurer et à grimacer comme s'il pressentait qu'il serait un jour conseiller titulaire.
Que Dieu épargne aux hommes le soin de servir la science ! Car alors tout est à craindre, chacun s'en mêle, chacun veut montrer qu'il est, lui aussi, intelligent !
Il se retourna pour dire, tout net, à l'homme en uniforme qu'il faisait juste semblant d'être conseiller d'Etat, qu'il était un filou et une crapule, et qu'il n'était rien d'autre que son propre nez...
Rien n'égale la solitude quand l'homme peut jouir de la nature et lire de beaux livres.
Existe-t-il un homme qui n'ait quelques péchés sur la conscience ? Dieu a fait les choses ainsi, et les voltairiens ont beau ergoter...
Il soupa d'un cochon de lait, se déshabilla, se glissa sous la couverture et s'endormit aussitôt d'un profond sommeil, du merveilleux sommeil, apanage des heureux mortels qui ignorent les puces, les hémorroïdes et l'excès d'intelligence.
Pavel Ivanovitch fut complètement de cet avis et ajouta que rien n'égalait la solitude quand l'homme pouvait jouir de la nature et lire de beaux livres.
Hélas ! telle est l'insondable loi de la destinée : dès qu'un homme est intelligent, ou bien c'est un ivrogne ou bien il fait des grimaces à faire fuir tous les saints du paradis.

Œuvres de Nikolaï Gogol

Le Revizor (1836)Le Revizor (1836), I, 1, Le gouverneurLe Revizor (1836), Le GouverneurLe mariage (1835)Les Ames mortes (1842)Les Joueurs (1836)Nouvelles de Pétersbourg (1835-1836)Nouvelles de Pétersbourg (1835-1836), Le NezPassages choisis d'une correspondance avec des amis (1846)Tarass BoulbaTarass Boulba (1839)