Œuvre
Le livre de ma mère (1954)
Amour de ma mère, à nul autre pareil.
J'attends que ma mère, sous la lune qui est son message, apparaisse peut-être. Mais seuls les souvenirs arrivent. Les souvenirs, cette terrible vie qui n'est pas de la vie et qui fait mal.
Dans la glace je me regarde et, si âgé que je sois, je considère l'enfant de ma mère, l'enfant que je suis en secret, l'enfant que je serai toujours.
Je veux être le petit garçon de Maman, un petit garçon très gentil qui, lorsqu'il est malade, aime tenir le bas de la jupe de Maman assise auprès du lit. Lorsque je tiens le bas de sa jupe, personne ne peut rien contre moi.
Louange à vous, mères de tous les pays, louange à vous en votre soeur ma mère, en la majesté de ma mère morte. Mères de toute la terre, Nos Dames les mères, je vous salue, vieilles chéries.
Ce que je sais plus encore, c'est que ma mère était un génie de l'amour. Comme la tienne, toi qui me lis.
Amour de ma mère, à nul autre pareil. Elle perdait tout jugement quand il s'agissait de son fils.
Le vrai amour, veux-tu que je te dise, c'est l'habitude, c'est vieillir ensemble.
Avec elle seule je n'étais pas seul. Maintenant je suis seul avec tous.
Edentés ou non, forts ou faibles, jeunes ou vieux, nos mères nous aiment. Et plus nous sommes faibles et plus elles nous aiment. Amour de nos mères, à nul autre pareil.
Les souvenirs, cette terrible vie qui n'est pas de la vie et qui fait mal.
La douleur, ça ne s'exprime pas toujours avec des mots nobles. Ca peut sortir par de petites plaisanteries tristes, petites vieilles grimaçant aux fenêtres mortes de mes yeux.
Oui, allons dormir, le sommeil a les avantages de la mort, sans son petit inconvénient.
Les fils ne savent pas que leurs mères sont mortelles. ... Aucun fils ne sait vraiment que sa mère mourra et tous les fils se fâchent et s'impatientent contre leurs mères, les fous si tôt punis.
Amour de ma mère. Elle était avec moi comme un de ces chiens aimants, approbateurs et enthousiastes, ravis d'être avec leur maître.
Ces roses sont des bouts de cadavres qu'on force à faire semblant de vivre trois jours de plus dans de l'eau et les gens aiment ça, cette agonie, et ils achètent ces cadavres de fleurs et les jeunes filles s'en repaissent.
Oui, les mots, ma patrie, les mots, ça console et ça venge. Mais ils ne rendront pas ma mère.
Le milliardaire de l'amour reçu est devenu clochard.
La douleur, ça ne s'exprime pas toujours avec des mots nobles. Ça peut sortir par de petites plaisanteries tristes, petites vieilles grimaçant aux fenêtres mortes de nos yeux.
Amour de ma mère, à nul autre pareil. Elle perdait tout jugement quand il s'agissait de son fils. Elle acceptait tout de moi, possédée du génie divin qui divinise l'aimé, le pauvre aimé si peu divin.