Œuvre

Le complexe de Shéhérazade

15 citations · Joann Sfar · sur Dicocitations ↗
Je crois beaucoup plus aux vertus du rire qu'à celles du militantisme.
La littérature n'a aucun sens si elle ne s'adresse pas à un lecteur universel. Pourquoi les livres qu'on écrit n'atteignent -ils qu'un nombre restreint de quartiers français ? Pourquoi les lecteurs qui se rendent aux salons du livre ont-ils toujours le même profil (plutôt âgé et plutôt blanc) ?
Je tiens pour inepte toute tentative de valorisation d'une culture d'origine. Il faut toujours postuler l'universalité du lecteur.
Les jeux de rôle constituent un excellent apprentissage pour le récit romanesque, parce qu'ils matérialisent la confusion entre l'auteur et le lecteur. On pourrait dire que toute relation entre l'auteur et le lecteur reproduit l'esprit du jeu de rôle. Le but est de faire croire au lecteur à sa participation dans le récit. Et l'idée de comparer l'écriture et la lecture à un jeu me parle beaucoup. Fait-on autre chose que jouer quand on lit et quand on écrit ?
Lire un livre, c'est être disposé à changer d'avis.
Le problème, ce ne sont pas les mythes, c'est la pauvreté des mythes dont on se nourrit.
Il n'y a rien de plus facile que de faire un livre intelligent pour les gens intelligents. En revanche, essayer de faire un texte intelligent qui s'adresse à tous, voilà le vrai défi !
L'enfance ne désigne pas un âge précis, mais une période formatrice de la vie. On peut décider qu'à 40 ou 50 ans un ouvrage déterminant va nous changer complètement. Lire un livre, c'est être disposé à changer d'avis. C'est pourquoi je soutiens que la catégorie de "littérature enfantine" n'a aucun sens. Il n'y a que des bons et des mauvais romans. Avec peut-être une différence : un enfant décroche de la lecture très facilement. Il faut donc lui proposer un roman qui ne lui donne aucune occasion de fermer son livre.
La seule fois de ma vie où je me suis fait beaucoup d'ennemis sur Twitter, c'est quand j'ai eu le malheur de dire après un match de football : « Je rêve qu'un jour un livre suscite autant d'enthousiasme. » Je me suis fait immédiatement traiter de petit-bourgeois. Ce qui m'agace, c'est le présupposé selon lequel ceux qui préfèrent le foot sont forcément pauvres. Mais pour le prix d'un T-shirt du PSG, on peut s'acheter 15 livres de poche !
Le dessin comme l'écriture sont tous deux une affaire d'équilibre. Il faut parvenir à marcher sur ces deux pieds que sont l'imagination et l'observation, en essayant de recréer cet équilibre très ancien entre le monde réel et le monde de la représentation.
Je crois profondément que tous les humains sont assez intelligents pour s'identifier au texte d'un autre.
Notre seule façon d'échapper au nihilisme, c'est de donner un sens au monde.
Je refuse d'être écrasé par la culpabilité de ne pouvoir trouver le temps de lire ou d'aller au bout des lectures que j'ai commencées. Je passe ma vie à acheter des œuvres que je ne lis pas, je tapisse mes murs de livres que je lirai un jour. C'est toujours ça de donné aux libraires.
Des récits qui donnent sens à ce que nous vivons, c'est exactement ce dont nous avons besoin.
Penser l'image sans le texte n'a pour moi aucun sens. Ça ne m'intéresse pas. Tout mon dessin est un dessin d'écriture.