Chacun exige d'être innocent, à tout prix, même si, pour cela, il faut accuser le genre humain et le ciel.
Croyez-moi, les religions se trompent dès l'instant qu'elles font de la morale et qu'elles fulminent des commandements.
L'acte d'amour, par exemple, est un aveu. L'égoïsme y crie, ostensiblement, la vanité s'y étale, ou bien la vraie générosité s'y révèle.
J'avais des principes, bien sûr, et, par exemple, que la femme des amis était sacrée. Simplement, je cessais, en toute sincérité, quelques jours auparavant, d'avoir de l'amitié pour les maris.
Du reste, nous ne pouvons affirmer l'innocence de personne, tandis que nous pouvons à coup sûr affirmer la culpabilité de tous. Chaque homme témoigne du crime de tous les autres, voilà ma foi, et mon espérance.
Que faire pour être un autre? Impossible. Il faudrait n'être plus personne, s'oublier pour quelqu'un, une fois, au moins. Mais comment?
Nul homme n'est hypocrite dans ses plaisirs, ai-je lu cela ou l'ai-je pensé?
En somme, pour que je vive heureux, il fallait que les êtres que j'élisais ne vécussent point. Ils ne devaient recevoir leur vie, de loin en loin, que de mon bon plaisir.
S'il est un domaine où la modestie devrait être la règle, n'est-ce pas la sexualité, avec tout ce qu'elle a d'imprévisible? Mais non, c'est à qui sera le plus avantageux, même dans la solitude.
Il y a toujours des raisons au meurtre d'un homme. Il est, au contraire, impossible de justifier qu'il vive.
Celui qui adhère à une loi ne craint pas le jugement qui le replace dans un ordre auquel il croit. Mais le plus haut des tourments humains est d'être jugé sans loi.
Chaque excès diminue la vitalité, donc la souffrance. La débauche n'a rien de frénétique, contrairement à ce qu'on croit. Elle n'est qu'un long sommeil.
Oui, on peut faire la guerre en ce monde, singer l'amour, torturer son semblable, parader dans les journaux, ou simplement dire du mal de son voisin en tricotant. Mais, dans certains cas, continuer, simplement continuer, voilà ce qui est surhumain.
Bien entendu, le véritable amour est exceptionnel, deux ou trois fois par siècles à peu près. Le reste du temps, il y a la vanité et l'ennui.
Pour cesser d'être douteux, il faut cesser d'être, tout bellement.
L'air de la réussite, quand il est porté d'une certaine manière, rendrait un âne enragé.
Les uns crient : Aime-moi ! Les autres : Ne m'aime pas ! Mais une certaine race, la pire et la plus malheureuse : Ne m'aime pas, et sois-moi fidèle !
La modestie m'aidait à briller, l'humilité à vaincre et la vertu à opprimer.
On voit parfois plus clair dans celui qui ment que dans celui qui dit vrai. La vérité, comme la lumière, aveugle. Le mensonge, au contraire, est un beau crépuscule, qui met chaque objet en valeur.
Il s'agissait, notez-le bien, d'autre chose que la certitude où je vivais d'être plus intelligent que tout le monde. Cette certitude d'ailleurs est sans conséquence du fait que tant d'imbéciles la partagent.
La vie me devenait moins facile : quand le corps est triste, le coeur languit. Il me semblait que je désapprenais en partie ce que je n'avais jamais appris et que je savais pourtant si bien, je veux dire vivre.
Vous savez que même des gens très intelligents tirent gloire de pouvoir vider une bouteille de plus que le voisin.
Quand on n'a pas de caractère, il faut bien se donner une méthode.
J'avais même un tel plaisir à donner que je détestais d'y être obligé.
Nous nous confions rarement à ceux qui sont meilleurs que nous. Nous fuirions plutôt leur société. Le plus souvent, au contraire, nous nous confessons à ceux qui nous ressemblent et qui partagent nos faiblesses.