Œuvre

L'Imposture des mots (2002)

Si la rose savait que sa grâce et sa beauté la conduisent droit dans un vase, elle serait la première à trancher la gorge avec sa propre épine. Mais elle l'ignore, et c'est dans cette poche d'ombre qu'elle puise la sève de sa propre survivance.
Personne ne fuit son pays. On ne fuit que soi-même - sa vérité ou son infortune -, comme si l'âme, trop à l'étroit dans sa peau, tentait de s'en extirper.
Si je n'ai jamais mangé à ma faim, c'est parce que je ne mange pas à tous les râteliers.
C'est un beau pays la France. Se rend-elle compte de sa féérie? Elle ne se rend même pas compte de ses chances; autrement elle mesurerait la déveine des autres nations.
Tous les écrivains vont au paradis puisque, vivants, ils portent l'enfer des hommes.
Il n'y a plus d'idéaux, il n'y a que des idiots qui se baguenaudent dans des slogans aussi creux que le ventre des affamés.
Un écrivain est la seconde chance de l'humanité. Lorsque la décadence menace de se généraliser, le verbe durcit le ton et rappelle le cheptel à l'ordre.
Renoncer est la moins excusable des défections.
L'officier a horreur de mener son combat sur un terrain inconnu. Il se considère nu sans son uniforme, vulnérable sans son fusil.
La littérature m'a appris que la vérité ne se négocie pas. Si je n'ai jamais mangé à ma faim, c'est parce que je ne mange pas à tous les râteliers.
Seuls les déracinés voyagent un jour de réveillon.
Si l'authenticité repose sur du concret, la fausseté saura exactement quand lui emprunter cette touche de vraisemblance qui, conjuguée au bénéfice du doute, la rendra plus crédible.