Œuvre

L'honneur de vivre: témoignage (1974)

En contant son histoire, ne fait-on pas l'éloge de soi-même ? Complaisant pour les bons sentiments, on laisse dans l'ombre les défaillances, les fautes commises. Et comment faire un choix, alors qu'affluent à la conscience les souvenirs des événements, grands et petits, des hommes que l'on a connus, des conduites que l'on a tenues ? Et puis, aussi fidèle ou bien exercée qu'elle paraisse, la mémoire est capricieuse.
En contant son histoire, ne fait-on pas l'éloge de soi-même ? Complaisant pour les bons sentiments, on laisse dans l'ombre les défaillances, les fautes commises.
Et comment faire un choix, alors qu'affluent à la conscience les souvenirs des événements, grands et petits, des hommes que l'on a connus, des conduites que l'on a tenues ? Et puis, aussi fidèle ou bien exercée qu'elle paraisse, la mémoire est capricieuse.
Lorsque l'on sait le peu que vaut le témoignage humain à l'évolution perpétuelle qui modifie toute chose, il convient de se demander dans quelle mesure sont vraies les images du passé, que l'ont a créées en soi-même.
La décision de ne plus considérer le français comme langue diplomatique de référence, au moment du traité de Versailles, nous avait bien montré la disparition de sa prédominance, mais nous avions le ferme espoir, en ce temps-là, que notre pensée et son expression bénéficieraient d'une nouvelle faveur grâce à nos gloires militaires et au triomphe des idées démocratiques et de la volonté du progrès social.
Je copiais ces lignes de Paul Valéry que je porte sur moi depuis lors et qu'il avait écrites le 30 mai 1945 : « J'ai la sensation que ma vie est achevée, c'est-à-dire que je ne vois rien à présent qui demande un lendemain. Ce qui me restes à présent ne peut être désormais que du temps à perdre. Après tout, j'ai fait ce que j'ai pu. »
J'ai défendu la langue et la pensée françaises chaque fois qu'il m'a été donné de les servir.
Comme on le félicitait de sa verte vieillesse, il répondit par cette belle formule qui s'appliquait si parfaitement à lui : « Bien vieillir, c'est garder tous les âges à la fois. »
L’attitude vis-à-vis de la souffrance est pour un médecin particulièrement importante à observer. Une anecdote permet d'en montrer l'intérêt. Henri Mondor, qui avait été appelé auprès d'un de mes amis, me téléphone en me disant : « J'hésite à porter tel diagnostic parce que le malade ne souffre pas assez. » « Prends garde, lui dis-je, à la qualité du personnage. Rappelle-toi cette phrase attribuée au roi Stanislas Leczinski : « De mon temps, on avait la goutte et on continuait à marcher, on ne parlait pas de sa souffrance par bonne éducation. ». Notre patient qui appartient à la plus vieille aristocratie à reçu une bonne éducation » et Mondor me répond : « C'est bien ce que je pensais, je l'opère. »
S'installait en nous cette pensée que chaque enfant est un être unique, à aucun autre semblable et irremplaçable. Tous les pédiatres aiment les enfants certes, mais aussi admirent l'enfant et le respectent. Comme ils sont loin de ce mépris que l'adulte, souvent peu capable de progrès, professe parfois pour l'enfance et la jeunesse susceptibles chaque jour d'acquisitions nouvelles, mues par une extraordinaire curiosité à la vérité insatiable !
Chaque enfant est un être unique, à aucun autre semblable et irremplaçable.
Tous les pédiatres aiment les enfants certes, mais aussi admirent l'enfant et le respectent.
C'est en enseignant que je m'instruisais moi-même.
Il faut avant tout être instruit ; on ne l'est jamais assez. L'acquisition des connaissances doit être une perpétuelle hantise.
Je décidai de soumettre tout l'enseignement classique que j'avais reçu à un examen critique, rigoureux, complet et de le confronter avec mes observations personnelles. J'invoquais le grand philosophe en me répétant le phrase de René Descartes : « Ne recevoir jamais aucun chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle. »