Œuvre

L'Amour aux temps du choléra (1985)

C'était inévitable : l'odeur des amandes amères lui rappelait le destin des amours contrariées.
Il était encore trop jeune pour savoir que la mémoire du coeur efface les mauvais souvenirs et embellit les bons, et que c'est grâce à cet artifice que l'on parvient à accepter le passé.
Mais après la première nuit, Florentino Ariza préférait la tour de lumière d'où l'on apercevait la ville tout entière ainsi que le sillage lumineux des pêcheurs sur la mer et les marais lointains.
Dans la solitude du palais, elle apprit à le connaître, ils se découvrirent l'un l'autre, et elle comprit soudain, débordante de joie, que l'on aime ses enfants non parce qu'ils sont des enfants mais parce qu'en les élevant on devient leur ami.
Le problème de la vie publique, c'est d'apprendre à dominer la terreur, celui de la vie conjugale d'apprendre à dominer l'ennui.
Mais il eut l'intime conviction que les êtres humains ne naissent pas une fois pour toutes à l'heure où leur mère leur donne le jour, mais que la vie les oblige de nouveau et bien souvent à accoucher d'eux-mêmes.
Il comprit alors que lorsqu'un homme commence à ressembler à son père c'est qu'il commence à vieillir.
Il pensait que le monde irait plus vite si les vieillards étaient moins encombrants. Il dit : « L'humanité, comme une armée en campagne, avance à la vitesse du plus lent. » Il prévoyait un avenir plus humain et par là même plus civilisé, dans lequel les hommes seraient isolés dans des villes marginales.
Il dit : « Entre vieux, les vieux sont moins vieux. »