L'humanité, paraît-il, a perdu 10 points de Q.I. en cent ans. Permettez-moi de vous dire que cela se voit.
Œuvre
Interview Paris Match, 10 janvier 2019 , propos recueillis par Caroline Mangez
11 citations · Yann Moix · sur Dicocitations ↗
« Se suicider à l'aveu » est non seulement une expression que je revendique, que j'assume, mais c'est une expression que j'adore. Elle signifie qu'aujourd'hui, celui qui dit la vérité sur lui est devenu l'ennemi. Si je commets un acte, tout va bien. Si je dis comment je commets cet acte, je commence à agacer. Mais si je dis pourquoi je commets cet acte, je deviens l'objet de toutes les haines et l'homme à abattre
Il est parfois difficile d'être entendu, d'être compris. La nuance, du moins sur internet, est morte, la culture est approximative, l'intelligence est défaillante. Je dis : « du moins sur internet » mais cette phrase ne signifie pas grand-chose : internet et le monde réel ne font déjà plus qu'un. Ils étaient distincts il y a dix ans : ce n'est plus cas.
Tous les penchants violents, haineux, criminels de l'être humain moderne ont trouvé une nouvelle réalité pour advenir : les réseaux sociaux. Comme on ne peut tuer « pour de vrai », on tue « pour de faux », mais tout en espérant et en sachant que ce faux a des conséquences dans la vie réelle
Et non, ces propos sur les femmes de 50 ans, qui a donné naissance à un véritable « Fiftygate » n'est pas de la provocation. Je suis un individu qui exprime, non pas la vérité, qui n'existe pas, mais sa vérité. Je ne suis pas attiré par les femmes de 50 ans, bien.
Un corps de 50 ans, n'en déplaise à l'humanité, est moins agréable qu'un corps de 25. C'est ainsi. 50 ans est un âge atroce, vous quittez la catégorie des jeunes pour pénétrer dans celle des vieux. Certes, c'est la jeunesse de la vieillesse comme disait Hugo, mais c'est une entrée dans la fin. Qu'on le veuille ou non. Je suis le bouc-émissaire de ce déni.
Toute vérité est bonne à dire. Sauf dire à quelqu'un qu'il a Alzheimer, parce qu'aucun traitement n'a, à ce jour, été trouvé.
La bêtise n'est pas le contraire de l'intelligence : elle en est l'autre côté de la médaille.
Je ne suis pas narcissique, j'aime les autres bien plus que moi même. Ils me fascinent.
Je donnerais des millions pour qu'une relation ne s'abîme pas, dure. Je ne supporte plus les ruptures. Rompre me met dans un état d'indescriptible souffrance. Je perds toute dignité. Je deviens d'une fragilité infinie. Je pleure. Je marche à l'aveugle. J'ai davantage peur de me faire quitter que de mourir parce que pour moi, la mort, c'est ça : le grand silence qui m'entoure quand l'être aimé est parti, qu'il s'amuse ailleurs, loin, avec un autre, et m'oublie
Le deuil, dans une rupture, est plus difficile, pour moi, que le deuil dans un décès : le décédé est inaccessible à tous, c'est irrémédiable, c'est un absolu. Tandis que dans la rupture, la femme enfuie est accessible au monde entier, sauf à vous. C'est inhumain. Le martyre, alors, est à son comble. C'est en tout cas de cette façon que, régulièrement, je meurs, ou me fais mourir.