La souffrance comme seul horizon laisse parfois entrevoir l'amortissement comme solution...
Personne ne l'avait compris, pas même lui. De cette période, il gardait un intense sentiment de « vide » et l'impression d'être allé visiter des zones de sa psyché dont les portes, bien que closes, suintaient un mal-être insupportable. Malgré plusieurs années de psychanalyse, personne n'avait jamais réussi à lui faire ouvrir les vannes de son désespoir, alors on s'était assuré qu'il les visse bien à fond, et pour le restant de ses jours.
Elle avait raison…Nous naissons seuls, nous mourrons seuls, mais au moins fallait-il essayer d'échanger un peu de chaleur pendant notre existence.
Lorsque l'on aime un enfant, on le protège, même de lui-même.
La souffrance comme seul horizon laisse parfois entrevoir la mort comme unique solution…
Être grosse quand on est gamine c'est un peu comme se jeter dans une fosse aux lions avec des menottes: on a peu de chances d'en ressortir indemne. Alors elle avait morflé pendant des années, entre les boutades des garçons et les copines jamais avares en coups de surin dans les côtes flottantes
Elle se tenait sur le bord d'un abîme dans lequel elle allait disparaître sans laisser la moindre trace. Les morts n'existent qu'à travers le souvenir des vivants et dans son cas, personne ne s'était manifesté, ni famille ni amis… Elle était seule dans les abysses, il n'y avait rien de plus froid que l'oubli.
Les morts n'existent qu'à travers le souvenir des vivants.
Voyez-vous, les souvenirs inscrits dans l'hippocampe sont comme des barques sur un fleuve. La nuit, ils larguent les amarres et dérivent lentement pour quitter l'hippocampe et rejoindre le cortex cérébral. Ce sont les traces de nos expériences vécues et elles se nichent dans notre mémoire à long terme pour former une tapisserie que nous reconstituons durant l'état de conscience, mais également durant nos rêves.
Elle était seule dans les abysses, il n'y avait rien de plus froid que l'oubli.