Comme la beauté l'amour est présence.
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Pourquoi ne pas alors signaler qu'en français aussi, phonétiquement, il existe un lien intime entre beauté et bonté ? Ces deux mots viennent du latin bellus et bonnus, lesquels dérivent de fait d'une racine indo-européenne commune : dwenos. Je n'oublie pas non plus qu'en grec ancien, un même terme, kalosagathos, contient et l'idée de beau (kalos) et l'idée de bon (agathos).
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Relevant de l'être et non de l'avoir, la vraie beauté ne saurait être définie comme moyen ou instrument. Par essence, elle est une manière d'être, un état d'existence.
Ce que les morts laissent aux vivants; c'est certes un chagrin inconsolable, mais aussi un surcroît de devoir vivre, d'accomplir la part de vie dont les morts ont dû apparemment se séparer, mais qui reste intacte.
Où sommes-nous, en effet ? En France. Ce coin de terre censé être le plus tolérant et le plus libre, où il règne néanmoins comme une « terreur » intellectuelle, visualisée par le ricanement Voltairien. Elle tente d'oblitérer, au nom de l'esprit, en sa compréhension la plus étroite, toute idée de l'âme — considérée comme inférieure et obscurantiste — afin que ne soit pas perturbé le dualisme corps-esprit dans lequel elle se complaît. À la longue, on s'habitue à ce climat confiné, desséchant.
Lorsqu'on regarde un artiste faire un portrait, on voit qu'il commence par dessiner un ensemble de contours, pour que le visage « prenne chair » dans un espace. Vient le moment magique où, au moyen de quelques traits, il fait apparaître les yeux. Alors une percée se fait, et on plonge dans une profondeur insaisissable. Ce que les deux perles reflètent et diffusent est un véritable monde comparable à un ciel marin de Bretagne, inépuisable jeu d'ombre et de lumière. S'y joue un secret sans cesse révélé qui dépasse la dimension de la chair, au sens organique du mot.
Dans la même œuvre
L'univers n'est pas obligé d'être beau, et pourtant il est beau.
Relevant de l'être et non de l'avoir, la vraie beauté ne saurait être définie comme moyen ou instrument. Par essence, elle est une manière d'être, un état d'existence.
La bonté qui nourrit la beauté ne saurait être identifiée à quelques bons sentiments plus ou moins naïfs Elle est l'exigence même, exigence de justice, de dignité, de générosité, de responsabilité, d'élévation vers la passion spirituelle.
Une seule règle me guide: ne rien négliger de ce que la vie comporte; ne jamais se dispenser d'écouter les autres et de penser par soi-même.
Sans la beauté, la vie ne vaut probablement pas la peine d'être vécue, et que d'autre part une certaine forme de mal vient justement de l'usage terriblement perverti que l'on fait de la beauté.