Pour bien aimer un pays, il faut le manger, le boire et l'entendre chanter.

À lire aussi de Michel Déon

A l'aube, il s'endormit, le menton baissé sur la poitrine comme un pantin disloqué, les traits tirés, vieilli soudain, quitté par l'énergique frénésie qui l'agitait dans la journée et la soirée. Je lus sur son visage las que ne parcourait aucun frémissement, l'essentielle qualité qui le distinguait des autres hommes : il était bon. Mieux encore, c'était un juste, perdu sur la terre où il ne rencontrait que de rares semblables. Et, miracle, cette bonté n'avait jamais altéré l'acuité de son regard, la lucidité de son intelligence.
Les Français n'aiment guère placer un héros sur son piédestal qu'une fois ce gêneur mort.
Son corps avait atteint ce degré de maigreur au-delà duquel on entrevoit plus que la mort. Je rusais avec son obsession d'anorexique pour la voir manger un croissant ou croquer la moitié d'un bonbon.
Il se croit un moment le guide de jeunes âmes à pétrir et découvre vite ce que sont d'affreux gniards qui rient de sa maigreur squelettique.
Guéri de sa mauvaise toux, il bronzait au beau soleil du Midi.
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Bien que le voyage soit devenu un sport sans douleur, c'est encore aux livres que nous demandons de confronter une sensibilité à la nôtre et d'être nos compagnons sur les itinéraires suivis par d'illustres aînés.
Les amours avec la mère patrie ne sont pas toujours paisibles. Il y entre aisément de la passion ou de la haine, du mépris ou de la perfidie. Rarement de l'indifférence.
De l'amitié je dirai que les Portugais ont une idée si noble que tout ce que l'on connait après eux semble relever du galvaudage des sentiments.
Il y a aussi en tout voyageur un homme traqué, découvrant soudain sa solitude, son impuissance à entrer dans la comédie ou la tragédie qui se jouent autour de lui.