Parfois c’est rassurant comme un cocon - \r\nOn fait sans faire - \r\nVagabondant dans ses pensées - \r\n\r\nLa vraie et seule liberté est intérieure - \r\n\r\nUsine tu n’auras pas mon âme - \r\n\r\nJe suis là - \r\n\r\nEt vaux bien plus que toi - \r\n\r\nEt veux bien plus à cause de toi - \r\n\r\nGrâce à toi
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Paradoxalement, plus on fait des gestes automatiques, plus ça libère de l’espace pour pouvoir penser. Quand le geste est efficace, on peut penser à autre chose, alors que quand le geste n’est pas bon, on ne pense qu’à la façon de l’améliorer, et on devient l’esclave de la chaîne.
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À l'usine on chante - \r\nPutain qu'on chante - \r\nOn fredonne dans sa tête - \r\nOn hurle à tue-tête couvert par le bruit des machines - \r\nOn sifflote le même air entêtant pendant deux heures - \r\nOn a dans le crâne la même chanson débile entendue à la radio le matin - \r\nC'est le plus beau passe-temps qui soit - \r\nEt ça aide à tenir le coup.
« Il y a plus affaire à interpréter les interprétations qu'à interpréter les choses, et plus de livres sur les livres que sur autre sujet : nous ne faisons que nous entregloser. » C`est de Michel de Montaigne, évidemment, qui ne faisait que répéter ce que disait déjà Homère. L`amour, la politique au temps d`Henri III, la poésie de Virgile qui aide à penser le monde. Pénélope qui attend et mes bulots comme autant de cyclopes.
C'est une journée machinale comme seule l'usine sait en produire.
Le capitalisme triomphant a bien compris que pour exploiter au mieux l'ouvrier - \r\nIl faut l'accommoder - \r\nJuste un peu - \r\nÀ la guerre comme à la guerre - \r\nRepose-toi trente minutes - \r\nPetit citron - \r\nTu as encore quelque jus que je vais pressurer.
Dans la même œuvre
Dans ce texte, j’ai cherché à rendre au plus juste dans l’écrit, la manière dont on pense quand on est sur une ligne de production. Quand on est à l’usine, les pensées vont très vite, et pour rendre compte de cette vérité, il fallait que je retourne à la ligne constamment, et c’est évidemment un double sens qui a imposé un titre au livre assez rapidement : retourner à la ligne de production et retourner à la ligne dans l’écriture et dans les chapitres.
Je n’écris pas « pour», j’écris « parce que ». J’écris, parce que je dois consigner ce qui m’arrive, je ne vais pas à l’usine dans une démarche d’écriture, j’y vais pour gagner des sous, parce que je n’ai pas le choix, sans idée préconçue, juste pour vendre la force de mes bras. Mais quand on débarque à l’usine, c’est d’une telle violence et en même temps d’une telle organisation assez fascinante, qu’il a fallu que je réfléchisse là-dessus, et que j’essaie d’en faire quelque chose de beau, de manière littéraire, pour ne pas sombrer dans l’enfer de la machine. Au départ, j’écris pour moi, pour me sauver.
L’usine m’a révélé à moi-même, je me suis découvert une perfection plus grande physiquement -j’ai pris des muscles que je ne connaissais pas- et une force morale inattendue. L’usine a été pour moi la fin de ma psychanalyse parce que, quand se retrouve pendant huit heures à faire la même tache, on a le temps de réfléchir sur soi. Elle m’a permis de découvrir ma propre vérité.
Au fur et à mesure que l’épreuve de l’usine avance, il faut puiser au plus profond de ses ressources pour pouvoir continuer à tenir, et on se raccroche à tout ce qui peut nous faire tenir, dans mon cas, il s’agissait de mes proches, mais aussi des grands auteurs qui sont mes compagnons de vie.