L’usine m’a révélé à moi-même, je me suis découvert une perfection plus grande physiquement -j’ai pris des muscles que je ne connaissais pas- et une force morale inattendue. L’usine a été pour moi la fin de ma psychanalyse parce que, quand se retrouve pendant huit heures à faire la même tache, on a le temps de réfléchir sur soi. Elle m’a permis de découvrir ma propre vérité.
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Je n’écris pas « pour», j’écris « parce que ». J’écris, parce que je dois consigner ce qui m’arrive, je ne vais pas à l’usine dans une démarche d’écriture, j’y vais pour gagner des sous, parce que je n’ai pas le choix, sans idée préconçue, juste pour vendre la force de mes bras. Mais quand on débarque à l’usine, c’est d’une telle violence et en même temps d’une telle organisation assez fascinante, qu’il a fallu que je réfléchisse là-dessus, et que j’essaie d’en faire quelque chose de beau, de manière littéraire, pour ne pas sombrer dans l’enfer de la machine. Au départ, j’écris pour moi, pour me sauver.
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À lire aussi de Joseph Ponthus
Et puisse le temps qui efface tout ne pas me faire oublier trop vite vos visages et vos voix Vos noms et la noblesse de votre travail Mes camarades Mes héros
Je ne dois rien à l'usine pas plus qu'à l'analyse - \r\nje le dois à l'amour - \r\nJe le dois à la force - \r\nJe le dois à la vie.
Paradoxalement, plus on fait des gestes automatiques, plus ça libère de l’espace pour pouvoir penser. Quand le geste est efficace, on peut penser à autre chose, alors que quand le geste n’est pas bon, on ne pense qu’à la façon de l’améliorer, et on devient l’esclave de la chaîne.
Une soirée et une nuit belles - \r\nComme la liberté volée - \r\nÇa n'a pas de prix - \r\nMême pas celui de ma paie de nuit.
Dans la même œuvre
Dans ce texte, j’ai cherché à rendre au plus juste dans l’écrit, la manière dont on pense quand on est sur une ligne de production. Quand on est à l’usine, les pensées vont très vite, et pour rendre compte de cette vérité, il fallait que je retourne à la ligne constamment, et c’est évidemment un double sens qui a imposé un titre au livre assez rapidement : retourner à la ligne de production et retourner à la ligne dans l’écriture et dans les chapitres.
L’usine m’a révélé à moi-même, je me suis découvert une perfection plus grande physiquement -j’ai pris des muscles que je ne connaissais pas- et une force morale inattendue. L’usine a été pour moi la fin de ma psychanalyse parce que, quand se retrouve pendant huit heures à faire la même tache, on a le temps de réfléchir sur soi. Elle m’a permis de découvrir ma propre vérité.
Au fur et à mesure que l’épreuve de l’usine avance, il faut puiser au plus profond de ses ressources pour pouvoir continuer à tenir, et on se raccroche à tout ce qui peut nous faire tenir, dans mon cas, il s’agissait de mes proches, mais aussi des grands auteurs qui sont mes compagnons de vie.
Paradoxalement, plus on fait des gestes automatiques, plus ça libère de l’espace pour pouvoir penser. Quand le geste est efficace, on peut penser à autre chose, alors que quand le geste n’est pas bon, on ne pense qu’à la façon de l’améliorer, et on devient l’esclave de la chaîne.