Moi, je ne peux pas écrire si je ne lis pas. A chaque écriture, j'ai une pile de livres à côté de moi. Quand je me déplace, j'ai toujours mes carnets et plein de livres. Parfois, je ne les lis pas, mais je les ai, et c'est important qu'ils soient là.

À lire aussi de Maylis de Kerangal

Surtout, elle ne pourra jamais dire merci, c'est là toute l'histoire.C'est techniquement impossible; merci, ce mot radieux chuterait dans le vide. Elle ne pourra jamais manifester une quelconque forme de reconnaissance envers le donneur et sa famille, voire effectuer un contre-don ad hoc afin de se délier de sa dette infinie, et l'idée qu'elle soit piégée à jamais la traverse.
Que deviendra l'amour de Juliette une fois que le coeur de Simon recommencera à battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce coeur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculé ça et là dans un élan d'enthousiasme ou un accès de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres ? Que deviendront les salves électriques qui creusaient si fort son coeur quand s'avançait la vague ?
Faut penser aux vivants dit-il souvent, mastiquant le bout d'une petite allumette, faut penser à ceux qui restent.
Parfois, quand je regarde mon livre une fois qu'il est rédigé, les phrases me paraissent étrangères. Je les ai écrites, mais elles ont été produites dans un moment de traduction, qui passe par un enrichissement : aller chercher de la préciosité, le mot rare, le faire affleurer de l'oralité. Cela donne ce français étranger, ce français qui n'est pas ma langue maternelle.
Je n'ai pas du tout le culte de l'auteur travaillant seul dans sa tour d'ivoire. Mes embardées sont souvent collectives, parce que l'écriture est effectivement un métier assez solitaire. Pour écrire, je suis forcée de me retrancher dans un espace-temps protégé, alors je conserve ces fenêtres sur le collectif, qui permettent de recharger ma présence au monde.
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Dans la même œuvre

A l'origine d'un roman, j'ai toujours des désirs très physiques, matériels
J'ai toujours aimé le contact direct avec le lecteur. Souvent, je vais dans les collèges ou les lycées rencontrer des élèves qui n'ont jamais croisé d'auteurs vivants. C'est pour moi une façon d'incarner auprès d'eux l'idée qu'il y a des gens qui écrivent aujourd'hui.
Je n'ai pas le culte de l'auteur travaillant seul dans sa tour d'ivoire
Je n'ai pas du tout le culte de l'auteur travaillant seul dans sa tour d'ivoire. Mes embardées sont souvent collectives, parce que l'écriture est effectivement un métier assez solitaire. Pour écrire, je suis forcée de me retrancher dans un espace-temps protégé, alors je conserve ces fenêtres sur le collectif, qui permettent de recharger ma présence au monde.
Je me suis calée dans une écriture où je décris tout ce qui se passe. J'ai trouvé une très grande joie dans la description. Les personnages sont présents et s'incarnent par ce qu'ils montrent. C'est une écriture phénoménologique, qui prend en compte tout ce qui se manifeste. J'avais lu un livre de Jean-Louis Chrétien, La Joie spacieuse (éd. de Minuit), qui dit que les corps sont les messagers des psychés, que les gestes sont les porte-parole des intériorités. J'ai senti une forme de liberté à pouvoir poétiser la matière, une justesse et une confiance. A partir de là, tous mes livres se sont écrits sur ce mode.