J'essaie de dire aux collégiens que la lecture est une création. Quand on écrit, on doit un peu « halluciner » son texte, et c'est pareil quand on lit. Lire et écrire sont toujours le recto et verso d'une même présence au monde. Parfois, les écrivains disent qu'ils ne lisent pas leurs contemporains.
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Je me suis calée dans une écriture où je décris tout ce qui se passe. J'ai trouvé une très grande joie dans la description. Les personnages sont présents et s'incarnent par ce qu'ils montrent. C'est une écriture phénoménologique, qui prend en compte tout ce qui se manifeste. J'avais lu un livre de Jean-Louis Chrétien, La Joie spacieuse (éd. de Minuit), qui dit que les corps sont les messagers des psychés, que les gestes sont les porte-parole des intériorités. J'ai senti une forme de liberté à pouvoir poétiser la matière, une justesse et une confiance. A partir de là, tous mes livres se sont écrits sur ce mode.
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J'ai toujours aimé le contact direct avec le lecteur. Souvent, je vais dans les collèges ou les lycées rencontrer des élèves qui n'ont jamais croisé d'auteurs vivants. C'est pour moi une façon d'incarner auprès d'eux l'idée qu'il y a des gens qui écrivent aujourd'hui.
Moi, je ne peux pas écrire si je ne lis pas. A chaque écriture, j'ai une pile de livres à côté de moi. Quand je me déplace, j'ai toujours mes carnets et plein de livres. Parfois, je ne les lis pas, mais je les ai, et c'est important qu'ils soient là.
Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps
Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l'unité de son fils ? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté ? Qu'en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme ? Ces questions tournoient autour d'elle comme des cerceaux bouillants puis le visage de Simon se forme devant ses yeux, intact et unique. Il est irréductible. C'est lui. Elle ressent un calme profond. La nuit brûle au-dehors comme un désert de gypse.
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A l'origine d'un roman, j'ai toujours des désirs très physiques, matériels
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Je n'ai pas le culte de l'auteur travaillant seul dans sa tour d'ivoire
Je n'ai pas du tout le culte de l'auteur travaillant seul dans sa tour d'ivoire. Mes embardées sont souvent collectives, parce que l'écriture est effectivement un métier assez solitaire. Pour écrire, je suis forcée de me retrancher dans un espace-temps protégé, alors je conserve ces fenêtres sur le collectif, qui permettent de recharger ma présence au monde.
Pour moi, le choix d'un sujet est toujours amorcé par un désir de matière. Où est-ce que je veux me placer pendant un certain temps de travail : dans le lent, dans le rapide, dans le clair, dans le sombre ?