Je n'ai pas le culte de l'auteur travaillant seul dans sa tour d'ivoire
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Faut penser aux vivants dit-il souvent, mastiquant le bout d'une petite allumette, faut penser à ceux qui restent.
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À lire aussi de Maylis de Kerangal
Chaque individu étant un receveur présumé potentiel, était-il si illogique, si infondé, après tout, que chacun soit envisagé comme un donneur présumé après sa mort ?
C'est l'heure. Amorce du jour où l'informe prend forme : les éléments s'organisent, le ciel se sépare de la mer, l'horizon se discerne.
Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps
J'investis à dessein les noms propres dans mes livres, de la même manière que certains auteurs les vident. Il y a une minéralité du nom propre qui est comme une espèce de caillou. Il apparaît très visiblement sur la page. On le voit tout de suite, où qu'il soit. Et il ne change pas de sens, il n'est pas affecté par la phrase où il se trouve.
Dans la même œuvre
C'est l'heure. Amorce du jour où l'informe prend forme : les éléments s'organisent, le ciel se sépare de la mer, l'horizon se discerne.
Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps
Que deviendra l'amour de Juliette une fois que le coeur de Simon recommencera à battre dans un corps inconnu, que deviendra tout ce qui emplissait ce coeur, ses affects lentement déposés en strates depuis le premier jour ou inoculé ça et là dans un élan d'enthousiasme ou un accès de colère, ses amitiés et ses aversions, ses rancunes, sa véhémence, ses inclinations graves et tendres ? Que deviendront les salves électriques qui creusaient si fort son coeur quand s'avançait la vague ?
Car ce que Goulon et Mollaret sont venus dire tient en une phrase en forme de bombe à fragmentation lente : l'arrêt du coeur n'est plus le signe de la mort, c'est désormais l'abolition des fonctions cérébrales qui l'atteste. En d'autres termes : si je ne pense plus, alors je ne suis plus. Déposition du coeur et sacre du cerveau - un coup d'État symbolique, une révolution.
Le coeur de Simon migrait dans un autre endroit du pays, ses reins, son foie et ses poumons gagnaient d'autres provinces, ils filaient vers d'autres corps. Que subsistera-t-il, dans cet éclatement, de l'unité de son fils ? Comment raccorder sa mémoire singulière à ce corps diffracté ? Qu'en sera-t-il de sa présence, de son reflet sur Terre, de son fantôme ?