Maman dit que les histoires qui nous touchent, il faut les enfermer au fond de son coeur pour ne pas les oublier. Alors les grands-soirs-Maman, on fait des échanges de prisonniers : mes histoires de classe populaire, inclus les bagarres avec Marko-le-jaloux, contre ses rêves de socialisme africain.

À lire aussi de Armand Patrick Gbaka-Brédé , dit Gauz

Les Noirs sont costauds, les Noirs sont grands, les Noirs sont forts, les Noirs font peur. Impossible de ne pas penser à ce ramassis de clichés du bon sauvage qui sommeillent de façon atavique à la fois dans chacun des Blancs chargés du recrutement, et dans chacun des Noirs venus exploiter ces clichés en sa faveur.
Des êtres contraints de se toucher si souvent développent-ils une tendresse et une douceur au-dessus de la moyenne ? Serions-nous plus doux les uns envers les autres si nous nous touchions plus souvent ?
Place de la Bastille, l'Ange doré est toujours nu au-dessus de son obélisque. Les anges étant asexués, il peut s'habiller indifféremment chez Camaïeu ou chez Celio. Comment lui dire que ce sont les soldes ?
Les circonlocutions moyenâgeuses et les phrases lèche-cul des lettres de motivation font sourire en un tel lieu et dans de telles circonstances. Pour tous ici, il y a une très forte motivation, même si elle est différente selon le côté de la baie vitrée où l'on se trouve. Pour le mâle dominant dans la cage au fond de l'open space, avoir le plus gros chiffre d'affaires possible. Par tous les moyens. Caser le maximum de personnes possible est un de ces moyens-à. Pour la cordée noire de la cage d'escalier, sortir du chômage ou des emplois précaires. Par tous les moyens.
Du vivant même d'Aretha Franklin, comment peut-on laisser sévir toutes ces sous-chanteuses et dire qu'elles font de la « soul » ? On n'a même plus ni le temps, ni la décence de permettre à des morts illustres de se retourner dans leur tombe. Désormais, on les outrage de leur vivant.
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L'Histoire est un leurre. Au mieux le compte-rendu rieur d'un temps et son humeur.
Maman dit que les histoires qui nous touchent, il faut les enfermer au fond de son coeur pour ne pas les oublier.
Les grands-soirs-Maman, elle écrit des notes dans la pile de livres sur son bureau. Je l'imite avec mes livres de classe. Plus je note mes livres, plus je reste avec Maman, alors je note. Et quand je note suffisamment longtemps, elle finit par s'arrêter de noter. Elle se lève, me serre dans ses bras.
J'ai honte d'avoir ces années d'avance. Je ne veux pas être un patron chien, aboyer sur les ouvriers et cumuler comme ça les années d'avance sans les partager avec les masses laborieuses.
Maman est au paradis socialiste. Camarade Papa à la commune de Paris. Moi je pars pour l'enfer des colonies d'Afrique et d'Asie.