Ma mère prend soin d'enfants handicapés. Elle nous apprend à ne pas faire de différence entre eux, les enfants dont elle s'occupe, et nous, ses enfants. Elle a raison d'être aussi absente. Ils ont davantage besoin d'elle que nous.

À lire aussi de Colombe Schneck

J’ai aussi eu envie d’écrire Dix-sept ans après avoir lu une interview qu'Annie Ernaux avait donnée à L’Humanité l’an dernier, sur l’avortement clandestin qu’elle avait subi en 1964. Elle dit que si les femmes ne disent pas qu’elles ont avorté, elles prennent le risque que ce droit disparaisse. Les propos de la romancière m’ont marquée.
Peu de gens veulent de manière délibérée le mal, ont conscience de détruire. Ils détruisent en pensant faire le bien, c’est d’ailleurs la manière la plus puissante de faire le mal, vouloir faire le bien. Je ne fais que citer Vassili Grossman : « Là où se lève l’aube du Bien, les enfants et les vieillards périssent, le sang coule.»
Tu m'as appris à aimer, tu as été mon professeur d'amour.
J'ai essayé de me souvenir de la dernière fois qu'un homme m'avait fait un compliment auquel j'avais cru. Je n'ai pas pu. Trop lointain ou peu crédible. Il y avait bien quelqu'un. Peut-être qu'il ne mentait pas.
Qui est-on, quand on apprend dès l'enfance que rien ne reste ? Qu'il faut toujours être prêt à tout perdre, même sa langue maternelle ?
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Dans la même œuvre

Ma mère est féministe, comme la sienne avant elle. Elles se sont battues pour faire des études, pour travailler. Pour moi, féministe, cela ne veut rien dire. Je n'ai pas besoin de l'être. Tous ces slogans des années 70 me paraissent datés. Acquis. Le combat de ma mère me paraît achevé.
En 1971, l'avortement, cela voulait dire la prison pour les pauvres, l'Angleterre pour les riches.
Je garde la peur, à la fin de chaque mois, de ne pas avoir mes règles. Je la garderai pendant des années, pendant dix ans, jusqu'au moment où, enfin, arrivera un sentiment nouveau. Je ne veux plus de sang, je suis prête à avoir un enfant.