Un monde sans femmes n'aurait pas de marins, elles sont une raison de leur fuite, de leurs conquêtes, une raison pour ne penser qu'à elles.
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Les rôles que nous jouons sont de papier. Nous chiffonnons l'un pour défroisser l'autre. Nous sommes des don Quichotte émerveillés, livrant bataille à l'ennui. Nous guerroyons sur toutes les scènes, archers fidèles, mots tirés aux coeurs des spectateurs, mots fléchés que l'on aime. Nos personnages sont immortels mais nous sommes plus fragiles que la soie de leur costume.
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L'acteur se retrouve démuni,vidé,et il ne sait plus dire je t'aime.Je ne vous l'ai jamais dit d'ailleurs, seulement écrit.
Je vous écris pour prolonger l'instant, en garder une trace, tordre le cou à la fugacité, à l'oubli, à l'impermanence, ceci sans succès bien sûr puisque c'est vouloir figer l'éphémère et j'aime l'éphémère, nul n'est parfait.
Quel enfant n'a pas aimé trembler, la nuit sur les pentes herbeuses, à attendre le dahu, n'a pas chanté pour se donner du courage devant les monstres de l'imaginaire, vaincre la peur en marchant bravement vers les ombres ?
La mer enseigne aux marins des rêves que les ports assassinent.
Dans la même œuvre
Avec le temps l'espace entre vérités et mensonges se dissipe doucement.
Comment garder dans ma main ces noeuds de couleur qui se dénouent indéfiniment, ces caresses inventées par l'autre et que je ne sais reproduire, ces mots que je ne sais pas dire?
Je crois beaucoup plus en ce qui nous échappe qu'en ce que nous croyons saisir.
Que sait-on de la grâce ? C'est un désir, une tentation, une courbe élégante de l'âme. C'est indéfinissable. Un artiste la cherche toute sa vie. Il ne sait pas ce que c'est mais il la devine, il la sent.
L'acteur se retrouve démuni,vidé,et il ne sait plus dire je t'aime.Je ne vous l'ai jamais dit d'ailleurs, seulement écrit.