Le train glissait à travers le paysage blanc de neige. Comme il était doux, ce paysage, et amical. J'éprouvais une ivresse et une confiance que je n'avais jamais ressenties jusque-là à voir ces maisons endormies.

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Depuis que j'écris ces pages, je me dis qu'il y a un moyen justement de lutter contre l'oubli. C'est d'aller dans certaines zones de Paris où vous n'êtes pas retourné depuis 30, 40 ans, et d'y rester un après-midi, comme si vous faisiez le guet.
On se dit qu'au moins les lieux gardent une légère empreinte des personnes qui les ont habités. Empreinte : marque en creux ou en relief. Pour Ernest et Cécile Bruder, pour Dora, je dirai : en creux. J'ai ressenti une impression d'absence et de vide chaque fois que je me suis trouvé dans un endroit où ils avaient vécu.
On lui reprochait de prendre parti à une époque où la plupart des gens se «vautraient dans l'attentisme».
Ce qui nous rend la disparition d'un être plus sensible, ce sont les mots de passe qui existaient entre lui et nous et qui soudain deviennent inutiles et vides.
Je n'écris pas vraiment des romans au sens classique du terme, plutôt des choses un peu bancales, des sortes de rêveries, qui relèvent de l'imaginaire.
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Je crois qu'on entend encore dans les entrées d'immeubles l'écho des pas de ceux qui avaient l'habitude de les traverser et qui, depuis, ont disparu.
Hutte répétait qu'au fond, nous sommes tous des «hommes des plages» et que «le sable - je cite ses propre termes - ne garde que quelques secondes l'empreinte de nos pas».
Une impression m'a traversé, comme ces lambeaux de rêves fugitifs que vous essayez de saisir au réveil pour reconstituer le rêve entier.
Dans la vie, ce n'est pas l'avenir qui compte, c'est le passé.
Personne ne répond jamais aux questions qui vous tiennent à coeur.