Le passé qui resurgit et qui vient se mêler à l'enquête en cours, c'est le cauchemar de tout flic.

À lire aussi de Bernard Minier

Bon Dieu, vous ne voyez donc pas ce qu’est en train de devenir le monde ? Le monde que nous fabriquons ? Mais ouvre les yeux ! Tu ne vois donc pas ce qu’ils nous préparent avec leurs fermes de calcul, leurs algorithmes et leurs applications ? Un monde où tout un chacun est sous le regard des autres tout le temps, jugé pour le moindre de ses faits et gestes par une armée de petits censeurs, de petits procureurs et de petits dictateurs planqués derrière leurs ordinateurs !
L'atmosphère avait changé. Tant de pression et tant de peur. L'heure des aveux. Elle approchait. Les aveux spontanés, les aveux bidon, les aveux véridiques, les aveux fantaisistes, les aveux extorqués... J'avoue parce que ça me soulage du fardeau de ma culpabilité, j'avoue parce que j'en ai marre, parce que je suis trop fatigué, trop impuissant, parce que j'ai une envie irrésistible d'aller pisser, j'avoue parce que ce sale type, là, n'arrête pas de me souffler son haleine infecte à la figure, j'avoue parce qu'il me rend cinglé, avec ses hurlements, et parce qu'il me fait peur, j'avoue parce que c'est ce qu'ils veulent tous, dans le fond, et parce que je vais finir par faire une crise cardiaque, un infarctus du myocarde, une hypoglycémie, une insuffisance rénale, une épilepsie..
Nous mettons tous des mots sur nos émotions, mais ça reste des émotions.
Les yeux bleus vont aux cieux, les yeux gris au paradis, les yeux verts vont en enfer, les yeux noirs au purgatoire.
Il se remémora en souriant la théorie d'Espérandieu : son adjoint estimait qu'à partie d'un certain taux de costards-cravates au mètre carré on entrait dans ce qu'il appelait la « zone de compétence raréfiée », encore nommée par lui « zone des décisions absurdes », « zone du tirage de couverture à soi » ou « zone des parapluies ouverts ».
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Dans la même œuvre

Les morts ne parlent pas. Les morts ne pensent pas. Les morts sont morts, tout simplement. Mais la seule vraie tombe, c'est l'oubli, songea-t-il.
Il songea que deux mondes coexistaient sans se mêler, comme l'huile et l'eau: celui de la vie, de l'insouciance , de la jeunesse et de l'espoir ; et celui de la maladie, de la souffrance, du déclin et de la mort. Tout un chacun, tôt ou tard , était amené à connaitre les deux, mais certaines professions - infirmières, pompiers, pompes funèbres, flics ...- passaient chaque jour de l'un à l'autre.
L'empathie n'est souvent qu'une forme détournée de l'autoapitoiement.
Il considérait que les meilleurs livres demandent des efforts et que, plus globalement, tout ce qui est obtenu facilement est vain et sans valeur.
Ce soir-là, il se replongea dans la lecture d'Erik Lang. Une fois de plus, il sentit les mots de l'écrivain le prendre et l'emporter vers des territoires où régnaient la nuit et le crime. Une fois de plus, le même sentiment de malaise et de fascination mêlés l'étreignit au fil des pages. Dans la bulle de lumière de la lampe, les mots, les scènes, les personnages sortaient du livre et dansaient une ronde autour de lui.