Je ne veux pas que mes mots, désormais, soient les esclaves de ton absence. Je ne veux pas que le silence, de nouveau, me contraigne à n'écrire que dans le deuil impossible d'une mort qui ne cesse jamais d'avoir lieu, d'une mort qui ne cesse jamais de mourir – et de ne pas mourir.
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La fraternité et l'oubli, comme l'amitié et la politique, sont unis par des liens qui nous échappent. Mais on interroge toujours la sibylle pour savoir ce qu'elle ne peut nous dire, et c'est parce que ces liens nous échappent qu'on ne peut cesser d'y revenir – quitte à ne jamais cesser de ne pouvoir pas les expliquer.
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À lire aussi de Santiago Amigorena
Écrire une vie entière en très peu de temps. Écrire, en quelques semaines, en quelques mois, une vie écrite par un homme pendant toute sa vie.
Seule la beauté d'un paysage a ce pouvoir étrange de nous faire songer avec joie à notre propre mort. Ce sont ces vues, que chacun possède, et que parfois l'on partage, qui, devenant des amorces ou d'autres lieux sans cesse s'embranchent sans solution de continuité, peuvent communiquer immédiatement avec nos coeurs et transmuer en nostalgie du futur la douloureuse nostalgie du passé.
On aime nos parents, puis on les trouve chiants, puis on part ailleurs…
Le ridicule ne tue pas, s'il tuait nous serions tous morts ; mais il peut quand même blesser.
Dans la même œuvre
Avancer ne signifie pas forcément progresser : où règne le vide, où se tient l'absence, toute distance est infinie. Comme si souvent dans l'extrême malheur – ou l'extrême bonheur – les jours étaient des semaines, les semaines des heures ; minutes, mois et siècles se confondaient dans ce temps sans temps que nous connaissons tous et dont nous pouvons pourtant à peine parler.
Je ne veux pas que mes mots, désormais, soient les esclaves de ton absence. Je ne veux pas que le silence, de nouveau, me contraigne à n'écrire que dans le deuil impossible d'une mort qui ne cesse jamais d'avoir lieu, d'une mort qui ne cesse jamais de mourir – et de ne pas mourir.
On ne possède éternellement que ce qu'on a perdu.
L'amour est une mer agitée de vagues et de vents, qui n'a port ni rivage.
La volonté de ne plus aimer est encore de l'amour et la volonté d'aimer encore ne l'est déjà plus, le désir de ne plus se souvenir appelle encore la mémoire, alors que le désir de se souvenir encore convoque déjà l'oubli.