On ne possède éternellement que ce qu'on a perdu.
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Écrire une vie entière en très peu de temps. Écrire, en quelques semaines, en quelques mois, une vie écrite par un homme pendant toute sa vie.
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À lire aussi de Santiago Amigorena
Il s'enfermait dans un silence de plus en plus lourd, de plus en plus compact, un silence qui, terré tout au fond de son ventre, avait commencé de grandir comme une tumeur maligne, prenant peu à peu possession de sa poitrine, de ses poumons, de sa gorge, de son crâne.
La volonté de ne plus aimer est encore de l'amour et la volonté d'aimer encore ne l'est déjà plus, le désir de ne plus se souvenir appelle encore la mémoire, alors que le désir de se souvenir encore convoque déjà l'oubli.
Le désespoir nous interdit d'espérer, mais il n'a jamais empêché les événements de continuer d'advenir sans qu'on les espère. Et dans la vie comme dans les dédales seuls les détours ont un sens.
Je ne veux pas que mes mots, désormais, soient les esclaves de ton absence. Je ne veux pas que le silence, de nouveau, me contraigne à n'écrire que dans le deuil impossible d'une mort qui ne cesse jamais d'avoir lieu, d'une mort qui ne cesse jamais de mourir – et de ne pas mourir.
Dans la même œuvre
Avancer ne signifie pas forcément progresser : où règne le vide, où se tient l'absence, toute distance est infinie. Comme si souvent dans l'extrême malheur – ou l'extrême bonheur – les jours étaient des semaines, les semaines des heures ; minutes, mois et siècles se confondaient dans ce temps sans temps que nous connaissons tous et dont nous pouvons pourtant à peine parler.
Je ne veux pas que mes mots, désormais, soient les esclaves de ton absence. Je ne veux pas que le silence, de nouveau, me contraigne à n'écrire que dans le deuil impossible d'une mort qui ne cesse jamais d'avoir lieu, d'une mort qui ne cesse jamais de mourir – et de ne pas mourir.
On ne possède éternellement que ce qu'on a perdu.
L'amour est une mer agitée de vagues et de vents, qui n'a port ni rivage.
La volonté de ne plus aimer est encore de l'amour et la volonté d'aimer encore ne l'est déjà plus, le désir de ne plus se souvenir appelle encore la mémoire, alors que le désir de se souvenir encore convoque déjà l'oubli.