«Vous ne pouvez pas manger le gâteau et l'avoir», disent les Anglais à propos de la dualité entre vivre sa vie et la penser. Et les amoureux disent la même chose lorsqu'ils se déclarent: «Il ne faut pas trop parler. Parler tue la chose.» Longtemps je me suis inscrit dans cette dualité.
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L'homme qui écrit, ce n'est pas moi. C'est un autre je, c'est le protagoniste de mes livres, une sorte d'invention. Pour exister, il faut qu'il soit physiquement ailleurs, qu'il se sente étranger.
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À lire aussi de Paul Nizon
Je pense que j'ai grandi pratiquement sans famille et que je me suis créé moi-même.
Je ne suis pas un metteur d'histoires en bouteilles, un virtuose de l'emballage. J'allume de petits éclairs et, à leur fugitive lueur, je poursuis mon chemin.
Très tôt j'ai eu la conviction que l'écriture est beaucoup plus forte que la vie et que la vie se perd n'importe comment, que presque tous les vivants ne touchent jamais à leur vie à eux, qu'ils sont comme de la marchandise emballée, qu'ils traversent leur vie comme ça, empaquetés sans jamais sortir leurs mains.
Mais ce qui lui plaisait le plus dans cette île, c'était le soir, lorsque le chevrier, avec son maigre troupeau, s'avançait vers les femmes,debout devant leur maison, et trayait dans une jatte le lait qu'elles avaient demandé ; lorsque, dans la lumière doucement déclinante, montaient tous les parfums de la terre et que, se mêlant aux senteurs de varech, la fumée des feux et des cuisines flottaient dans l'air. Sur les bateaux, à l'ancre; on préparait le dîner et, sur la place déserte, le vieillard unijambiste clopinait en martelant le pavé de sa jambe de bois. Le phare s'allumait, fantôme errant dans la pénombre, tandis que les façades bariolées des maisons autour de la place pâlissaient imperceptiblement et que la mer enflait sa voix...
Dans la même œuvre
J'ai toujours pensé que la Suisse préfigurait ce qui allait nous arriver en Europe, c'est-à-dire une mort vivante par étouffement dans un matérialisme total. Avec, en lieu et place de la politique et de la création, l'administration et la frustration.
La Suisse s'est enrichie parce qu'elle était le fric noir de la mafia, des juifs gazés et qu'elle est complice de tous les délinquants du monde. C'est pour cela que l'écrivain et l'intellectuel sont là-bas contraints d'écrire contre, de démasquer.
Je pense que j'ai grandi pratiquement sans famille et que je me suis créé moi-même.
La littérature naît presque toujours d'un manque.
Très jeune, j'éprouvais une grande admiration pour l'image existentielle du poète. Je ne le voyais pas comme un type faiblard, binoclard et intello, plutôt comme un surhomme.