Œuvre
Dans le ventre de la baleine (1993)
Je ne suis pas un metteur d'histoires en bouteilles, un virtuose de l'emballage. J'allume de petits éclairs et, à leur fugitive lueur, je poursuis mon chemin.
Le jardin est le vert vivier, le labyrinthe de la création de soi-même. Si je réussis à y pénétrer suffisamment loin, je serai délivré de la rude écorce de ma condition, je me débarrasserai de mon fardeau et prendrai la poudre d'escampette. Père est l'inventeur. Je suis moi le conquérant, l'aventurier, l'enchanteur. Je me rends dans les jardins pour m'y intoxiquer. Je m'intoxique et me souille de beauté.
Ces tâtonnements, étonnements, dénominations, cet essai d'épeler la réalité est, bien sûr, voué en fin de compte à l'échec, c'est un coup de projecteur désespéré, un peu comme si l'on cherchait à allumer un dernier bout de chandelle dans un caveau aussi vaste que l'univers et qu'à la seule lueur de ce bout de chandelle le monde se mît à exister.
Si elle pouvait seulement être assise dans un parc, lire le journal, nourrir les moineaux. Cela existe-t-il là où elle vit ? [...] Ai-je évoqué les quelques massifs de fleurs telles des pelotes d'épingles multicolores ?