Écrire est un métier total, une maladie peut-être et je ne me suis jamais senti libre car je n'ai jamais pu arrêter ce métier qui se faisait en moi.
❧
Le jardin est le vert vivier, le labyrinthe de la création de soi-même. Si je réussis à y pénétrer suffisamment loin, je serai délivré de la rude écorce de ma condition, je me débarrasserai de mon fardeau et prendrai la poudre d'escampette. Père est l'inventeur. Je suis moi le conquérant, l'aventurier, l'enchanteur. Je me rends dans les jardins pour m'y intoxiquer. Je m'intoxique et me souille de beauté.
◆
À lire aussi de Paul Nizon
Montaigne disait qu'il était la matière de son oeuvre. Je crois que c'est la meilleure définition de l'écrivain, spécialement du poète. Oui, je suis à la fois le véhicule et le passager de mes livres, un type qui rampe dans les galeries, les zones d'ombre et les paysages de sa propre vie.
J'ai toujours pensé que la Suisse préfigurait ce qui allait nous arriver en Europe, c'est-à-dire une mort vivante par étouffement dans un matérialisme total. Avec, en lieu et place de la politique et de la création, l'administration et la frustration.
Même si je dis: la littérature c'est tout pour moi, je suis convaincu que la littérature ne sert à rien. C'est comme un petit vent qui passe. On peut le flairer et puis ça passe, et voilà.
Je n'étais plus que moi-même, rien d'autre ne m'importait. J'étais heureux, heureux à en pleurer, tout seul à Paris. Libre.
Dans la même œuvre
Je ne suis pas un metteur d'histoires en bouteilles, un virtuose de l'emballage. J'allume de petits éclairs et, à leur fugitive lueur, je poursuis mon chemin.
Ces tâtonnements, étonnements, dénominations, cet essai d'épeler la réalité est, bien sûr, voué en fin de compte à l'échec, c'est un coup de projecteur désespéré, un peu comme si l'on cherchait à allumer un dernier bout de chandelle dans un caveau aussi vaste que l'univers et qu'à la seule lueur de ce bout de chandelle le monde se mît à exister.
Si elle pouvait seulement être assise dans un parc, lire le journal, nourrir les moineaux. Cela existe-t-il là où elle vit ? [...] Ai-je évoqué les quelques massifs de fleurs telles des pelotes d'épingles multicolores ?