L'esprit se meut, l'âme s'émeut ; l'esprit raisonne, l'âme résonne.

À lire aussi de François Cheng

La soif comme la faim, - Les rires comme les pleurs, - La douceur, les blessures, - La furie, les regrets, - Nous n'en jetterons rien, - Nous les emporterons tous, - Indégradables viatiques, - Pour un très long voyage.
Le proverbe dit vrai: un lotus pousse dans la vase d'un étang, mais aucune boue ne peut entacher ses pétales purs comme jade.
Relevant de l'être et non de l'avoir, la vraie beauté ne saurait être définie comme moyen ou instrument. Par essence, elle est une manière d'être, un état d'existence.
Un jour, l'un d'entre nous s'est levé, il est allé vers l'absolu de la vie, il a pris sur lui toutes les douleurs du monde en donnant sa vie, en sorte que même les plus humiliés et les plus suppliciés peuvent, dans leur nuit complète, s'identifier à lui. S'il a fait cela, ce n'était pas pour se complaire dans la souffrance : il s'est laissé clouer sur la croix pour montrer au monde que l'amour absolu est possible, un amour « fort comme la mort », et même plus fort qu'elle, capable de dire de ses propres bourreaux : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu'ils font. »
Âme qui, terreau des désirs, des émotions et de la mémoire, était en nous dès avant notre naissance, en un état qu'on pourrait qualifier de pré-langage et pré-conscience — non sans qu'un chant natif soit déjà là —, et qui nous accompagne jusqu'au bout, lors même que nous serions privés de conscience ou de langage. Toute d'une pièce, indivisible, irréductible, irremplaçable, absorbant en effet les dons du corps et de l'esprit, donc pleinement incarnée, elle est la marque de l'unicité de chacun de nous et, par là, de la vraie dignité de chacun de nous. Elle se révèle l'unique don incarné que chacun de nous puisse laisser.
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Dans la même œuvre

Sans devenir, il n'y aurait pas de vie ; la vie n'est vie qu'en devenant. Dès lors, nous comprenons l'importance du temps. C'est dans le temps que cela se déroule. Or le temps, c'est précisément l'existence de la mort qui nous l'a conféré !
Vie-temps-mort est un tout indissociable. On ne peut échapper à ces trois entités concomitantes et complices qui déterminent tout phénomène vivant. Car si le temps nous paraît un terrible dévoreur de vies, il en est en même temps le grand fournisseur.
Personnellement, j'ai une raison supplémentaire de faire partie des avocats de la vie : je suis venu de ce que jadis on appelait le « tiers-monde ». Nous formions alors la tribu des damnés, des éternels crève-corps, crève-cœur, porteurs de souffrances et de deuils, si mal gâtés que la moindre miette de vie était reçue par nous comme un don inespéré. Les déshérités que nous étions avaient quelque motif de vouer un infini amour à la vie : car de l'existence nous avions bu toute l'eau amère ; nous en avions goûté aussi, de temps à autre, les saveurs inouïes.
Nous n'ignorons pas cependant la triste réalité : une grande partie de l'humanité est privée de la possibilité de choisir son activité, et accepte un travail à seule fin de « gagner sa vie », situation qui engendre toutes sortes de souffrances et d'injustices. Car l'homme est ainsi réduit à son utilité technique, ce qui est pour lui une mutation. S'il a naturellement besoin de faire, ce n'est pas seulement au niveau d'une production matérielle et directement utile au plan social, c'est surtout dans la dimension de ce que les Grecs appelaient poïen, qui signifie « faire » au sens de la poïesis, la « création ». C'est par ce « faire » créatif, par le travail en vue d'une réalisation que l'homme donne un sens à sa vie, qu'il devient le « poète » de sa vie. Telle est sa vocation, ce à quoi il est appelé.
Toute société humaine est fondée sur quelques fondamentaux, le premier étant l'interdit de l'inceste, mais « Tu ne tueras pas » est le plus fondamental. Aussi, moins de trente ans après la monstrueuse tuerie de la seconde guerre mondiale, lorsque j'ai entendu retentir parmi nous le désinvolte « Il est interdit d'interdire ! », j'ai pris peur. Bien sûr, il faut lutter contre tous les interdits oppressifs et injustices. De là à faire table rase de toute limite, il y a une marge, celle-là même qui sépare la civilisation de la barbarie.