Je me plais avec les mots. Depuis mon premier roman, je cherche le vocabulaire juste. Même si la trame est romanesque, il me semble indispensable de retrouver le ton et les mots de l’époque. Et puis, je suis un écrivain populaire. Je souhaite redonner à la littérature française son jus, qui nous vient de Rabelais.
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Jamais les arbres ne ramassent leurs feuilles, savait Bazelle. Automne après automne, elle sentait s'alourdir le poids de ses hanches et tandis que d'âge en âge son esprit ressassait, elle se persuadait qu'à trop oublier qui l'on est, on s'efface, on s'amenuise.
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La santé c'est une chose. Mais la perte de l'amour, c'est de la gangrène à l'état ras. Un mal pernicieux qui ne se lit pas sur la feuille de température, un truc qui hurle pendant des semaines. Qui se mesure à l'humeur. Parce que dès que vous êtes seul, vous morflez. Dès que vous fermez les paupières, vous repensez à votre histoire d'amour prise dans les glaces.
Ouvrez ce livre. Ouvrez ce livre, monsieur. Regardez dehors au travers des persiennes. Faites marcher votre petit coeur. Assurez-vous que personne, aucun être transi de froid, ne rôde devant votre porte à la recherche d’un lit, d’un toit, d’une parole de réconfort. Sinon, en route ! Ouvrez votre fenêtre. Installez-vous sans tarder. Tournez ! Tournez les pages de mes carnets de moleskine ! Jargonnez les mots que j’emploie. Partagez ma fièvre. Trouvez la cadence.
Je te rends le chapeau mais en pour, je veux une meule, il crie. - Une meule? Kékcékça? - Une mobylette si tu préfères.
Je souhaite redonner à la littérature française son jus, qui nous vient de Rabelais.
Dans la même œuvre
A cette époque-là, les Noirs n'avaient à leur disposition que des instruments qu'ils avaient bricolés eux-mêmes. J'étais quant à moi juste un petit gars qui soufflait dans un peigne recouvert de papier de soie. Je jouais dans un spasm band. J'avais en tête un sacré proverbe eskimo. Une phrase sans bluff qui dit, écoutez bien, qu'à force d'espérer une fleur, on la fait naître. Et ainsi en usions-nous avec la musique. Elle était au bout de nos doigts et dans le souffle de nos poumons. Elle serait ce que nous allions en faire.
J'avais en tête un sacré proverbe eskimo. Une phrase sans bluff qui dit, écoutez bien, qu'à force d'espérer une fleur, on la fait naître.
Le temps est un accomplissement. Le présent se dévide. Le futur n'est presque rien. Trente secondes peut-être ? C'est bien possible. Nous sommes sans défense.
Elle se persuadait qu'à trop oublier qui l'on est, on s'efface, on s'amenuise.
Ainsi vont les secrets qu'on enferme. Ils peuplent la nuit et aident les jours à galoper plus vitement.